mercredi 25 mars 2015

Mon amour, de Julie Bonnie

224 pages
4 mars 2015
Grasset



« Nous ne nous sommes rien dit. Tess a pris toute la place. Puis tu es parti en laissant entre nous un vide silencieux. Tu sais bien faire ça. Ce que tu choisis d’ignorer disparaît. Si on n’en parle pas, ça n’existe pas. Tu dis qu’il ne faut pas se gâcher l’existence. Tu as raison. Nous gardons la tête haute en nous aimant sans parasites. La trotteuse tremblote, sautille, et continue de tourner en rond. Je suis immobile. Au moindre mouvement, quelque chose va commencer et j’ai l’intuition qu’il vaudrait mieux que tout s’arrête. »

J. B.
Un homme et une femme s’écrivent. Ils s’aiment, elle vient d’accoucher de leur enfant et lui, pianiste, est parti en tournée. Passion amoureuse, fusion maternelle, engagement artistique s’entremêlent et s’entredévorent tandis qu’un autre homme entre en jeu. Au fil des lettres et de l’inéluctable chassé-croisé amoureux, chacun se découvre livré à sa solitude.
Julie Bonnie saisit avec une extrême sensibilité une histoire qui s’écrit autant dans les mots posés sur le papier que dans les marges d’échanges impossibles. Un regard bouleversant sur la fugacité des rencontres, la transmission et la force des silences.



J'avais été totalement conquise par la plume et les mots de Julie Bonnie dans Chambre 2, j'en garde encore un très fort souvenir. Cette fois, elle nous enveloppe d'amour et nous met face aux différences homme/femme à travers une relation post-natale.

Elle vient d'accoucher d'une petite Tess et Lui doit partir en tournée pendant un mois comme pianiste. Il se sent tout le temps en confrontation avec la réputation de son père. Et cela a développé une insécurité et un manque de confiance en lui qui perturbe son image de lui-même. Il a peur de se lancer dans cette vie avec la femme qui lui a donné un enfant. Il a peur de devoir tout abandonner et ne pas pouvoir montrer à la terre entière qu'il est quelqu'un de très honorable, et qu'il est aussi bon, voire meilleur virtuose que son père. Sa femme en subit les conséquences et se retrouve en femme délaissée, avec un corps qu'elle a du mal à s'approprier de nouveau, un bébé qu'elle ne peut pas partager avec son amour, parti peu de temps après sa naissance.

Nous avons donc deux âmes écorchées et malheureuses, dont l'une croit avoir trouvé la solution qui pansera toutes ses blessures. Mais cela est sans penser à tout ce qui va entraver leur chemin. Les rencontres, l'éloignement, la solitude, une naissance...

Ce roman épistolaire n'est pas le premier du genre, mais la sincérité de Julie Bonnie amène très facilement à classer Mon amour dans les très belles histoires d'amour, simples mais efficaces.

Après mon coup de cœur pour Chambre 2, c'est un coup de cœur pour Mon amour. Etant moi-même jeune maman (pour la troisième fois tout de même), je ne pouvais que ressentir les tourments de cette belle personne. Merci, Julie, et vivement le prochain !

Apnée noire de Claire Favan

352 pages
15 janvier 2014
Le Toucan


« Vêtue d’un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de foetus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce. » A Columbia, sur la côte est des Etats-Unis, c’est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c’est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille. Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l’agent du FBI qui a permis l’année précédente l’arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d’être exécuté. Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ? Tandis que Megan n’ose imaginer le pire, une erreur judiciaire, Sandino se concentre sur certaines incohérences. De discordes en silences la relation des deux policiers évolue, alors que chaque jour le tueur semble se rapprocher d’eux, omniprésent et insaisissable…


Claire Favan fait bel et bien partie des valeurs sûres du Polar. Bien que ce soit mon premier livre d'elle, je comprends l'engouement qu'ont les fans/lecteurs. Je n'ai pas été totalement captivée par l'histoire, mais il y a un très gros travail de recherche et de psychologie des personnages.

L'histoire est bien distillée et bien ficelée, honnêtement je n'ai rien vu venir quant à la fin. Vince est un personnage très particulier et cela le rend intéressant et attachant. J'avoue avoir terminé ce livre il n'y a pas si longtemps et que j'en ai déjà presque tout oublié... Cette dernière année, j'ai lu plusieurs romans policiers qui m'ont bien marquée, encore un an après. Et Apnée Noire ne me fait malheureusement pas cet effet. Mais aux dires de bon nombre de gens, il est tout de même en dessous de ce que l'auteure avait réalisé avec Le tueur intime et Le tueur de l'ombre.


Mais je me souviens tout de même de mon sentiment le long de ma lecture : même si je n'ai pas plus "accroché" que cela à l'histoire, il y a une sacrée bonne maîtrise des différents domaines, de l'écriture, du suspense, et Claire Favan n'a rien à envier de ses collègues auteurs.


mercredi 11 février 2015

J'aimais mieux quand c'était toi de Véronique Olmi

134 pages
2 janvier 2015
Albin Michel



Une femme sur un banc de la gare de l'Est en pleine nuit revoit les dernières 24 heures qui l'ont amenée là. 

Nelly est comédienne de théâtre, sa journée est entièrement aimantée vers le rôle qu'elle joue en soirée : la Mère de Six personnages en quête d'auteur de Pirandello. Ce soir-là quand débute la représentation, elle reconnaît au cinquième rang l'homme qui l'a quittée quelques mois auparavant, qu'elle aime toujours, et dont elle a refoulé jusqu'au nom. Prise dans le vertige d'une passion qui la broie à nouveau, l'actrice en elle s'affaisse et ne peut plus jouer.



Je remercie beaucoup Babelio et les Editions Albin Michel de m'avoir confié cette lecture.

Après un début assez laborieux, je sors du récit mitigée mais pas totalement déçue.

J'ai en effet bien difficilement accroché à ce roman. Mais j'avais été prévenue, alors je ne m'attendais à rien de particulier. C'est le premier livre de Véronique Olmi que je lis. J'avoue qu'elle a une écriture propre à elle et c'est ce qui accroche d'emblée le lecteur. J'ai pourtant eu du mal à aller au bout de ma lecture. J'ai trouvé tout le passage (plus de la moitié du roman) précédant son moment fatidique sur scène très long. Je me suis beaucoup ennuyée car trop de ressentis sont décrits par rapport à un amour qui l'a écorchée très/trop profondément. Pourtant sa belle plume donne envie d'avancer. Mais les situations sont trop passives. Et à force de passivité, j'ai commencé à me lasser.

Nelly est comédienne et panse encore et toujours ses blessures amoureuses créées par un homme qu'elle ne peut plus nommer. Elle nous parle de lui, l'avant-après, de tout ce qu'elle a en elle, ce qu'elle a besoin de "vomir" pour essayer de se sentir mieux, au moins un peu. Puis vient la fameuse représentation théâtrale où elle LE voit dans le public. Elle en est tétanisée et... Il faudra lire J'aimais mieux quand c'était toi pour connaître l'issue de cette histoire d'amour qu'on l'a forcément connue un jour.

J'avoue que ce qui m'a le plus plu, c'est l'immersion dans le milieu théâtral. Véronique Olmi nous expose avec son excellente narration tout ce que le comédien peut ressentir face à un rôle à jouer et tout ce qui peut se passer autour de cette "fausse vie".


Roman pour passer un moment d'intimité avec l'auteure et se reconnaître en Nelly, qui se lira peut-être plus facilement pour certains. D'après les fans de Véronique Olmi, certains de ces précédents romans sont tout de même nettement plus aboutis. 


samedi 7 février 2015

Black coffee d'Agatha Christie

219 pages
1er septembre 1999
Le Livre de Poche


En cette belle matinée de 1934, Hercule Poirot, retiré des affaires, savoure son petit déjeuner dans son appartement de Mayfair... Mais, lorsque sir Claude Amory appelle au secours le détective, le chocolat crémeux et la brioche dorée ne sont plus qu'un lointain souvenir. Les recherches de ce célèbre savant atomiste suscitent bien des convoitises, y compris dans sa propre maisonnée... 
Première pièce de théâtre d'Agatha Christie, Black Coffee contient déjà les ingrédients qui feront le charme de ses Œuvres : manoir dans la campagne anglaise, savant en danger, huis clos oppressant et, surtout, détective aux moustaches inoubliables et aux petites cellules grises mythiques... 
Charles Osborne, biographe et fin connaisseur de la reine du crime, a su transposer Black Coffee de la scène au roman avec élégance et sans rien lui faire perdre de ses qualités essentielles : mystère, dynamisme et, bien sûr, un humour très british !

Ce livre n'est pas réellement écrit par Agatha Christie, car il a été adapté de la pièce de théâtre qu'elle avait créée. Mais cette transposition semble fortement réussie. Je me suis totalement sentie dans un roman de notre auteure fétiche. Le style est toujours là - Hercule Poirot est égal à lui-même -  les surprises, indices et revirements de situation aussi.

Même si ce n'est pas du grand Christie, il fait partie de son œuvre et le lire ne sera qu'un livre de plus à aimer. Je le conseille tout de même pour passer un moment d'enquête agréable.


Âmes perdues de Poppy Z. Brite

496 pages
5 octobre 2006
Folio 


À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s'enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n'obéissent qu'à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d'amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans, et découvre la vérité sur ses origines...


Poppy Z. Brite nous entraîne dans un univers noir où les vampires profitent de leur immortalité pour s'adonner à toutes les perversions et braver tous les interdits de la société puritaine américaine.


Je ne crois pas avoir lu quelque chose d'aussi puissant que ce livre. Il m'a laissé une trace, une empreinte très forte dans mon esprit. J'avais découvert Poppy Z. Brite avec Petite cuisine du Diable car je savais que c'était gentillet par rapport au reste de son œuvre. Et je voulais démarrer doucement, à tâtons, de peur d'être trop choquée. Âmes perdues est vraiment un livre qui n'a aucun tabou, c'est extrêmement gore, mais écrit d'une façon qui reste généralement assez sensuelle, quoique certains passages sont tout de même bien crus, voire choquants.

J'ai lu quelques romans de vampires et aucun n'a su égaler celui-ci. C'est vraiment atypique et terriblement addictif. On voudrait se dire "c'est immonde, mais qu'est-ce que je perds comme temps à lire ça !" mais non, j'ai même eu des moments où j'ai "savouré" ma lecture des mots, comme si c'était à la fois indigeste et enivrant. C'est là que je trouve l'auteure vraiment très forte. Le monde dans lequel elle nous fait entrer est vraiment glauque et repoussant. Pourtant on fonce droit dedans, on se délecte, et on ne veut pas voir la fin venir.

Je le conseille fortement aux fans de livres de vampires (ou bit-lit), et j'aimerais connaître leurs avis par la suite !!!!!

Nothing, Zillah et d'autres sont des personnages vraiment très aboutis. J'en suis encore toute retournée. Petit coup de cœur avec Nothing tout de même. Ce jeune homme qui découvre qui il est réellement m'a très fortement touchée.


En bref : terrible, captivant, j'en redemande, je suis fan de Poppy, et Âmes perdues fait partie de ces livres que je relirai plusieurs fois car je sais que j'ai raté des choses et que je le savourerai tout aussi bien les fois suivantes.

lundi 19 janvier 2015

Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger

277 pages
20 août 2014
Les Editions du Rouergue



Mortimer s'est préparé à mourir le jour de ses 36 ans, comme cela a été le cas pour tous ses ascendants mâles. Il a quitté son travail, rendu son appartement et vendu sa voiture mais la malédiction ne s'abat pas sur lui. Que reste-t-il à faire, lorsque la mort attendue ne vient pas? Il faut apprendre à vivre vraiment! 

Après ses précédents succès, notamment "La tête en friche" et "Bon rétablissement", tous deux adaptés au cinéma par Jean Becker, Marie-Sabine Roger revient avec un roman plein d'humanité, aux personnages émouvants, croqués avec humour et justesse. Une belle réflexion sur le sens de la vie !



C'est avec un esprit dubitatif que je referme ce livre. J'avais entendu beaucoup de bien de l'auteure, mais je n'ai peut-être pas choisi le bon bouquin pour l'aborder.

Mortimer va avoir 36 ans et il se sait maudit, comme tous les autres hommes de sa famille : sur plusieurs générations, les pères n'ont pas réussi à passer le cap du jour de leur 36ème anniversaire. Il est donc logique pour lui de mourir à son tour. Il a tout rendu, résilié, pour éviter à ses amis plein de tourments inutiles après sa mort. Or vient le moment fatidique. Et rien ne se passe. La vie continue d'avancer. Et lui va devoir se rendre à l'évidence que quelque chose a cloché tout au long de sa vie.

L'histoire en elle-même est bien racontée, assez originale, mais je trouve que tout est sans cesse ressassé, au lieu de chercher à avancer. On se demande comment Mortimer va se confronter à l'avenir tout au long du livre. Ce sujet n'est abordé que vers la fin du roman. Ce ne sont quasiment que des retours en arrière qui agrémentent les faits. Et, on en conviendra tous, la fin est vite trouvée. On se doute très bien de la décision qu'il va prendre, vers le milieu du livre si mes souvenirs sont bons.

Toutefois, j'ai fini par trouver les personnages sympathiques, j'ai beaucoup aimé Paquita, bout de femme plein de bon sens, ainsi que Jasmine qui aime faire du bien aux gens qui croisent son chemin. Il est clair que Marie-Sabine Roger a une belle plume. Je me laisserais bien tenter par La tête en friche !


Merci à Priceminister et Les Editions du Rouergue de m'avoir permis de découvrir ce livre (et cette auteure) !


dimanche 18 janvier 2015

Barbe Bleue d'Amélie Nothomb

180 pages
22 août 2012
Albin Michel


La colocataire est la femme idéale.




J'ai retrouvé là l'Amélie qui m'a conquise il y a quelques années. Certes ce n'est pas l'un de ses meilleurs romans, mais le style incisif et vivant de son écriture est toujours présent, et ça j'adore !

Ici elle met au goût du jour l'histoire de Barbe Bleue. Je ne pourrai pas comparer car je ne l'ai malheureusement pas lu, mais j'ai trouvé un bref résumé qui m'a permis de mieux comprendre le pourquoi de cette histoire tordue. Il m'a tout de même manqué l'ironie, le revirement de situation, le petit truc qui me fait dire "Wouah elle est vraiment forte" comme cela m'est souvent arrivé avec ses romans. L'histoire reste tout de même intéressante à lire par son originalité. Il faudra juste aimer les dialogues à gogo...

Le premier tiers m'a fait me demander où tout cela allait nous mener, le deuxième a enfin retenu mon attention car on comprend mieux où nos 2 protagonistes - Saturnine, la nouvelle colocataire et Don Elemirio, l'homme qui a tué ses 8 précédentes colocataires - nous emmène avec toutes leurs questions/réponses, et le troisième amène au dénouement pas si attendu que ça, mais néanmoins simple, peut-être trop simple justement.

Etant une grande fan Nothombienne des premières années, je peux tout de même vous recommander Barbe Bleue. Il faut juste mettre dans un coin de sa tête que son grain de folie a bel et bien disparu.


Ce livre fait l'objet d'une lecture commune avec ma partenaire de blog.
L'avis d'Anne Sophie se trouve ici => Barbe Bleue