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dimanche 4 juin 2017

Quand la neige danse de Sonja Delzongle

488 pages
6 avril 2017
Folio Policier


Quatre fillettes mystérieusement disparues, quatre poupées en porcelaine, sosies des enfants, envoyées à leurs parents un mois plus tard. A Crystal Lake, petite ville paisible sous le coup d'un hiver glacial, non loin de Chicago, Joe Lasko est prêt à tout pour retrouver sa fille de quatre ans, Lieserl. Il engage son amour de jeunesse devenue détective privée pour mener leur propre enquête mais, aidés de la célèbre profileuse Hanah Baxter et son inséparable pendule, ils sont loin d'imaginer l'ampleur des secrets liés à ces disparitions.



Quand la neige danse m'a fait découvrir Sonja Delzongle. J'ai été très agréablement surprise par sa qualité d'écriture. J'ai enchaîné plusieurs romans thrillers/policiers ces derniers mois (à chaque fois d'auteurs différents) et j'avoue coller tout à fait à son style. Peut-être parce qu'elle a la sensibilité d'une femme...

De prime abord, une histoire de fillettes... On retrouve souvent ce thème dans les thrillers ces dernières années. Quatre enfants disparues... Enlevées ? Vivantes ? Enterrées ? Nous suivons de près l'un des parents au cœur du drame. Et ce que je trouve beau et assez remarquable, c'est l'amour de cet homme que l'on ressent du début à la fin. Je me dis que l'émotion émane bien de la plume d'une femme. Je me suis vraiment retrouvée dans cet univers lourd, même si le fond neigeux se voudrait poétique.

L'histoire démarre sur les chapeaux de roues avec l'arrivée de poupées au domicile des parents dont leur fille a été enlevée. Et ces poupées ressemblent trait pour trait aux enfants, cheveux et habits identiques de surcroît... Joe Lasko entre en scène dès ce moment-là. Aidé d'Eva, une amie dont il était fou amoureux dans sa jeunesse mais qui lui a préféré son propre frère Gabe, il va de découvertes en découvertes, et tout ce qui s'y passe ne peut pas être deviné, ou du moins pas longtemps à l'avance (c'est souvent ce qui me gêne dans les enquêtes : deviner trop tôt et faire moi-même l'histoire au fil des pages).

 Joe est mon personnage préféré. Il est très exposé, sa personnalité est très fouillée, et je n'ai pu que m'attacher à lui. Chaque protagoniste a sa valeur ici, et je félicite Sonja de ne pas être tombée dans la caricature. Caricature des personnalités, mais aussi caricature des scènes exposées. Sonja Delzongle nous fait découvrir un environnement qui n'a rien de français ! Je l'ai souvent lu dans les chroniques et je ne peux que confirmer les dires : on s'y croirait ! C'est tellement bien décrit qu'on a soi-même envie de découvrir l'environnement de Crystal Lake, près de Chicago.

L'ensemble est minutieux, pointilleux, précis, et nous fait plonger dans l'histoire sans aucune appréhension ni difficulté.

Je remercie grandement les Editions Folio de m'avoir permis de connaître "enfin" Sonja Delzongle ! Et surtout, amateurs de thrillers, n'hésitez pas à vous lancer vous aussi !



jeudi 4 août 2016

Un été 42 d'Herman Raucher

352 pages
2 juin 2016 (pour cette édition)
Folio


Oscy est le chef, il sourit tout le temps. Benjie est le plus jeune et il obéit à Oscy. Hermie, leur ami, 15 ans, est le spécialiste de l'inquiétude. Cet été 42 est son été. A eux trois, ils forment le Trio Terrible, qui partagent les cigarettes mouillées, les expéditions absurdes, les réflexions profondes, les vannes. Mais le Trio s'ennuie. Et Hermie est amoureux fou d'une femme qui a au moins 23 ans et ne sait même pas qu'il existe. "Si c'est l'amour de ta vie, va lui dire bonjour !" dit Oscy. Facile à dire.


Cette histoire prend place pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle ne sera que la toile de fond et cela nous permet de lire autre chose que des moments de guerre et de terreur.

Nous faisons la connaissance de 3 jeunes hommes, à l'aube de leur sexualité : Benjie, Oscy et Hermie. Le premier, le plus jeune, reste assez en retrait dans l'histoire ; le deuxième se prend pour le chef de la bande ; le troisième est le plus savoureux, le plus drôle et le plus posé de tous. Mais les hormones le travaille plus que ses camarades et cet été de l'année 42 va être propice à son épanouissement sexuel. Il va tomber amoureux fou d'une femme plus âgée que lui et espérera croiser son chemin, son regard, et plus encore, malgré que son mari est parti à la guerre.

Les émois de ces jeunes garçons sont racontés d'une façon très subtile généralement, surtout lorsque l'on parle d'Hermie. Oscy est un jeune homme un peu trop déluré et a un bagout un peu trop forcé. Ce dernier veut à tout prix dépuceler son ami et sa lourdeur dans ses décisions fera sortir Hermie plusieurs fois de ses gonds.

C'est tout cet ensemble qui est drôle. J'admire l'auteur d'avoir réussi à écrire une histoire si simple avec des mots si doux, si tendres, qui donnent l'impression d'être susurrés à notre oreille. J'ai un réel coup de cœur pour le caractère et la personnalité d'Hermie (notre auteur donc). Il est réaliste, sensé, posé, et ne veut faire de mal à personne. Il souhaite découvrir l'amour d'une belle façon et c'est tout à son honneur.

Non seulement Hermie est un coup de cœur (ce qui est extrêmement rare chez moi) mais c'est tout le livre qui en représente un. Je suis admirative du style d'écriture d'Herman Raucher. C'est tellement poétique, quand il le faut, et "rentre-dedans" quand le personnage ou la situation l'impose. J'ai savouré l'histoire, belle, drôle et finalement triste à la fois. Et elle est d'autant plus authentique qu'elle reflète l'adolescence de l'auteur, ayant voulu écrire sa jeunesse pour rendre hommage à son ami Oscy mort pendant la guerre de Corée.

Je me tenterai peut-être à regarder le film un jour. En tout cas je remercie vraiment les Editions Folio de m'avoir fait découvrir cet incontournable de la littérature classique et historique.








vendredi 10 juin 2016

Magies secrètes d'Hervé Jubert

320 pages
1er avril 2016
Folio SF


L’empereur Obéron III, aidé du préfet Hoffmann, souhaite débarrasser Sequana des êtres féeriques qui la peuplent. Georges Beauregard, ingénieur-mage au service du ministère des Affaires étranges, recueille toutefois certaines de ces créatures dans son hôtel particulier. C’est ainsi qu’il découvre et prend sous son aile Jeanne, une jeune fille amnésique aux étranges pouvoirs. Ensemble, aidés de la déesse Isis et de condé, l’automate, ils vont devoir enquêter sur la disparition du neveu de l’empereur, menacé d’être démembré par son mystérieux ravisseur. Arpentant la ville-lumière, ils iront de surprise en surprise afin de découvrir qui menace l’équilibre délicat entre êtres humains et féeriques. Exubérant, érudit et drôle, Magies secrètes entraîne le lecteur dans des aventures improbables, dignes d’un Rocambole ou d’un Sherlock Holmes. II a été récompensé par le Grand Prix de l’Imaginaire, catégorie jeunesse, en 2013. C’est la première des Enquêtes de Georges Hercule Bélisaire Beauregard, assurément un des joyaux du steampunk.


Je remercie les Editions Folio de m'avoir fait découvrir Hervé Jubert et son univers.

Ce roman est classé dans le style Steampunk, un genre qui commence à me séduire. Magies secrètes est le premier livre que je lis dans ce style, mais je l'avais déjà abordé avec la BD Memories of Retrocity de Bastien Lecouffe Deharme.

L'auteur sait comment aborder cet univers uchronique. J'y suis entrée les yeux fermés et ai été d'emblée séduite. Mais il n'est pas évident de se transposer dedans. Il faut que l'intrigue soit suffisamment intéressante pour réussir à s'entourer de ce mélange inhabituel (en tout cas pour moi).

L'histoire est menée à la fois sérieusement et drôlement, rendant Beauregard, le personnage principal, singulier et attachant. J'ai également apprécié l'histoire de Jeanne, sur laquelle je me suis souvent basée pour continuer ma lecture. Car, bien que j'aie trouvé le style excellent, j'ai eu des moments où je me perdais un peu, mais cela doit être dû au fait que le Steampunk ne m'est pas encore familier.

Magies secrètes a quelque chose de féérique, d'immatériel, de rêveur, je me suis sentie embarquée dans le monde de Jules Verne et j'y repense encore... Je comprends les lecteurs qui en redemandent. Je ne pense pas que ce roman soit le meilleur de l'auteur, mais en tout cas j'en ai eu un bel aperçu.


A savoir que Magies secrètes a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire dans la catégorie Jeunesse en 2013.

mardi 31 mai 2016

Procès du grille-pain et autres objets qui nous tapent sur les nerfs de Charles Haquet et Bernard Lalanne

208 pages
1er avril 2016
Folio


Charles Haquet et Bernard Lalanne passent en revue 50 objets usuels et nous démontrent, cas pratiques à l'appui, le bien-fondé de ce livre cocasse et décalé. "En cet âge orwellien, où l'on annonce pour demain 80 milliards d'objets connectés, il est certes anachronique d'avoir encore à lutter contre un parapluie ombrageux ou une boîte de sardines récalcitrante. Mais d'un autre côté, c'est plutôt rassurant." Au détour de l'inévitable rideau de douche qui colle à la peau, on apprendra comment Hitchcock s'y est pris pour traumatiser des générations entières de spectateurs. Le composteur à billets, les chaînes à neige, le GPS, la housse de couette... "Ils n'ont pas fini de nous en faire baver."


Je remercie les Editions Folio de m'avoir permis de découvrir ce livre.

C'est avec un vrai plaisir que j'ai découvert ces petites analyses des objets qui font notre quotidien. C'est un petit livre qui n'a pour prétention que le plaisir de lire, tant il cherche à nous dérider et nous faire passer un agréable moment en sa compagnie.

Les deux auteurs ont du passer du temps à trouver tous ces objets qui nous agacent, plus certains que d'autres, et qui généralement sont dans notre environnement proche. Moi-même je me suis reconnue dans certaines analyses, comme les poches cousues, les minis-doses, les composteurs à billets, les bagues ouvre-boîte (la tuile m'est arrivée il y a quelques jours d'ailleurs), les fonds de tubes, les objets interdits aux gauchers (inconfort pour mon mari), le film alimentaire, et j'en passe...

Leur vision des choses m'a parfois un peu agacée car il est vrai que certaines sont tirées par les cheveux (il faut parfois chercher bien loin pour trouver quelques petites failles), nous faisant penser qu'ils cherchaient à étoffer ce livre plus qu'exposer certaines choses évidentes pour tous. Mais cela n'enlève rien au charme de ce bouquin. Il faut juste mettre son esprit (très) critique de côté et se laisser aller à s'imaginer dans les situations qu'ils nous narrent. 

mercredi 23 mars 2016

Le tabac Tresniek de Robert Seethaler

272 pages
11 février 2016
Folio


En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique. Au Tabac Tresniek, où se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente, il fera l'apprentissage de la vie. Conseillé par Otto et un vieux docteur malade, fidèle client du tabac prénommé Sigmund Freud, Franz tente de séduire Anezka, une belle artiste de cabaret dont il est tombé amoureux. L'humour viennois d'Otto Tresniek et de Freud est la politesse du désespoir dans une société déboussolée où ils ne trouvent plus leur place. Pas plus que leur protégé, plein de vie et de poésie, qui tentera pourtant, fidèle à leur enseignement, de nager à contre-courant.


Cette histoire s'inscrit dans les prémices de la Seconde Guerre Mondiale. Le jeune Franz est envoyé par sa mère chez un vieil ami habitant Vienne, Otto Tresniek, un buraliste unijambiste, pour l'aider à gagner un peu d'argent. Il découvre le monde du travail, et fait de belles rencontres : un certain Sigmund Freud et une belle danseuse du nom de Anezka. Ces 3 personnes vont bouleverser sa vie.

Il échange régulièrement des lettres avec sa mère, parlant de la pluie et le beau temps, si rien d'autre ne vient perturber ses pensées. Mais vient la montée du nazisme et la Gestapo est là. La légèreté des situations avec nos protagonistes fera place à l'inquiétude et la concrétisation de ce qui était tant redouté.

Ce roman se base sur l'Histoire et en fait un beau moment de lecture, à la fois douce, cruelle et triste. Ici est décrit une vie perdue parmi tant d'autres à l'époque où être juif est un fléau. Il est là pour nous évoquer ce fort contraste que le monde a connu avec Hitler : passer de la joie et l'insouciance à l'horreur et la mort. Et ce qui peut plaire aux lecteurs, c'est que nous n'entrons jamais dans le vif du sujet. Ce livre n'est pas là pour ça. Et quelque part, c'est ce qui le rend agréable.

Le tabac Tresniek fut une lecture légère au départ, avec une montée en tension et en émotion. L'écriture est juste, les pages défilent très rapidement.


Je remercie grandement les Editions Folio de m'avoir permis de découvrir cet auteur. 




lundi 28 décembre 2015

La fractale des raviolis de Pierre Raufast

240 pages
27 août 2015
Editions Folio


Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s’approche l’instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l’action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes.


Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d’un jeune garçon solitaire qui, parce qu’il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d’un gardien de moutons capable de gagner la guerre d’Irak ; les canailleries d’un détrousseur pendant l’épidémie de la peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.

Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l’improbable.



La fractale des raviolis est une lecture atypique, une histoire en plusieurs temps. Tout d'abord, le décor se pose, puis les faits se dévoilent chapitre par chapitre, en un fil conducteur, pour se caler là où le couple nous avait laissé au tout début. Et nous offrir le dénouement que l'on attendait.

Pour moi, c'est un pari osé et un pari gagné. Il fallait se lancer dans un tel exercice sans craindre de ne pas retomber correctement sur ses pieds. J'ai aimé l'ensemble de l'histoire ainsi que toutes les petites tout le long.

Une femme veut empoisonner son mari pour l'avoir trompée. Mais un fait vient tout faire rater. Et lui rappeler son père, qui nous amènera au don de Sheridan, pour apporter un sens nouveau à l'histoire.

Cette histoire sur Paul Sheridan est absolument folle, j'ai beaucoup aimé, et je n'ai pas lâché l'histoire grâce à l'évolution de l'affaire. Certes, on peut se dire que l'ensemble est parfois un peu tiré par les cheveux, mais on pardonnera rapidement ce sentiment car la satisfaction reprend vite le dessus.

Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir ce roman comme un moment de légèreté !

Merci aux Editions Folio de m'avoir fait découvrir ce livre.


lundi 14 décembre 2015

Petit éloge de la lecture de Pef

144 pages
3 septembre 2015
Editions Folio


Peut-on voyager à dos de baleine?

Quel est le meilleur remède contre l’insomnie : la lecture parcours ou la lecture par cœur? Est-il possible qu’un rossignol de trois mètres de long offre un peu de lecture à notre oreille? Que retenir de notre passage dans une «biblioville»? Et que vient faire L’Homme au casque d’or de Rembrandt dans ce Petit éloge de la lecture ?

De nos pieds jusqu’au ciel étoilé, tout est lecture… Pef nous entraîne dans un voyage sans autre destination que celle du plaisir de lire. 



Ayant lu juste avant Petit éloge du petit déjeuner avec un vrai plaisir, quoi de mieux que de réitérer avec un autre éloge sur un sujet que j'adore : la lecture ! Bien mal m'en a pris.

Pef, grand manipulateur de mots, a une approche très personnelle sur le sujet. Peut-être trop, car je n'ai pas réussi à m'infiltrer dans ses réflexions, dans ses anecdotes qui composent cet ouvrage. Il est très difficile de s'impliquer dans cet écrit, et pourtant j'ai essayé de lire certaines pages plusieurs fois. Mon sentiment est resté le même. Quelques passages pourront plaire, mais je trouve l'ensemble sans grand intérêt. On essaie de s'accrocher à quelque chose tout le long, mais sans réel succès.

Alors, certains me diront que je suis mauvaise langue, mais j'avoue que je m'attendais à plus de "mordant", quelque chose qui suscite mon intérêt de grande lectrice. Pourtant, habituellement, j'adore lire des anecdotes. Ici, je n'ai rien trouvé à quoi me raccrocher, je ne me suis pas identifiée à ce que Pef pouvait nous raconter, et j'ai fini par décrocher.  

Je suis vraiment passée à côté de cette lecture. C'est bien dommage car généralement j'aime ce que Pef écrit. Je pense avoir comparé avec le livre de Thierry Bourcy qui, lui, donnait envie de tourner les pages. La recherche était là, c'était une étude intéressante parsemée d'anecdotes.

Je remercie toutefois les Editions Folio de m'avoir fait découvrir cette lecture.


Petit éloge du petit déjeuner de Thierry Bourcy

128 pages
3 septembre 2015
Editions Folio


Prendre ensemble le petit déjeuner, c’est forcément partager bien plus qu’un repas : il y flotte des restes de rêves, des lambeaux de sommeil, la nostalgie des draps ou de la chaleur de la couette ; le corps encore engourdi enchaîne les gestes automatiques, le visage n’a pas eu le temps de reprendre le masque du travail, un soupçon de maladresse fait s’entrechoquer les tasses et les couverts, et le regard se perd sur le nuage de lait qui s’épanouit dans le mug de thé. On ne partage pas le petit déjeuner avec n’importe qui.


Ce livre est une petite douceur agréable et parfois drôle sur l'impact du petit déjeuner sur nous les humains, à travers les âges et les pays. Le mot "éloge" prend tout son sens ici.

L'auteur décortique toutes les manies, les essais, les réussites et les capotages du repas le plus important de la journée avec une pointe d'humour et d'ironie qui donne envie d'avancer dans notre lecture. Il nous livre une étude très élaborée sur le sujet, le compare souvent à des films que la plupart d'entre nous connaît.

Du début à la fin, j'ai eu l'eau à la bouche. Ce petit livre est très intéressant et je trouve qu'il donne l'envie de savourer le repas que beaucoup de français sautent chaque jour, de prendre son temps le matin et de tartiner son pain de confiture bien fruitée.


Même si cet éloge n'a rien d'innovant, Thierry Bourcy a très bien ciblé notre intéressement. J'ai passé un très bon moment de lecture. Je remercie d'ailleurs beaucoup les Editions Folio de m'avoir offert la possibilité de lire ce livre. 



samedi 7 février 2015

Âmes perdues de Poppy Z. Brite

496 pages
5 octobre 2006
Folio 


À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s'enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n'obéissent qu'à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d'amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans, et découvre la vérité sur ses origines...


Poppy Z. Brite nous entraîne dans un univers noir où les vampires profitent de leur immortalité pour s'adonner à toutes les perversions et braver tous les interdits de la société puritaine américaine.


Je ne crois pas avoir lu quelque chose d'aussi puissant que ce livre. Il m'a laissé une trace, une empreinte très forte dans mon esprit. J'avais découvert Poppy Z. Brite avec Petite cuisine du Diable car je savais que c'était gentillet par rapport au reste de son œuvre. Et je voulais démarrer doucement, à tâtons, de peur d'être trop choquée. Âmes perdues est vraiment un livre qui n'a aucun tabou, c'est extrêmement gore, mais écrit d'une façon qui reste généralement assez sensuelle, quoique certains passages sont tout de même bien crus, voire choquants.

J'ai lu quelques romans de vampires et aucun n'a su égaler celui-ci. C'est vraiment atypique et terriblement addictif. On voudrait se dire "c'est immonde, mais qu'est-ce que je perds comme temps à lire ça !" mais non, j'ai même eu des moments où j'ai "savouré" ma lecture des mots, comme si c'était à la fois indigeste et enivrant. C'est là que je trouve l'auteure vraiment très forte. Le monde dans lequel elle nous fait entrer est vraiment glauque et repoussant. Pourtant on fonce droit dedans, on se délecte, et on ne veut pas voir la fin venir.

Je le conseille fortement aux fans de livres de vampires (ou bit-lit), et j'aimerais connaître leurs avis par la suite !!!!!

Nothing, Zillah et d'autres sont des personnages vraiment très aboutis. J'en suis encore toute retournée. Petit coup de cœur avec Nothing tout de même. Ce jeune homme qui découvre qui il est réellement m'a très fortement touchée.


En bref : terrible, captivant, j'en redemande, je suis fan de Poppy, et Âmes perdues fait partie de ces livres que je relirai plusieurs fois car je sais que j'ai raté des choses et que je le savourerai tout aussi bien les fois suivantes.

mardi 30 septembre 2014

Mademoiselle Liberté d'Alexandre Jardin

256 pages
6 juin 2003
Editions Folio


Liberté a dix-huit ans. Elle refuse ce que la plupart des hommes tolèrent : un amour imparfait, sans folie. Horace, le proviseur de son lycée, sait lui aussi vivre la vie : ce furieux ne se repose que dans l'excès. Marié à une épouse professionnelle, il rêve de foncer dans un destin superlatif. Liberté décide de chercher avec lui la perfection : elle ne se contentera pas d'un brouillon de liaison, elle exigera la passion intégrale, portée à son comble, fignolée jusqu'au délire. Ces deux forcenés tenteront un amour idéal. Ils désirent un chef-d'œuvre sinon rien.


Je ne dirai pas que ce livre a été indigeste, mais j'ai vraiment, vraiment eu du mal à avoir envie de tourner les pages tellement j'ai trouvé l'ensemble exaspérant, lourd, déjà lu, rabâché... Et pourtant j'aime la façon de voir et d'écrire d'Alexandre Jardin en général, mais là... NON ! Pourquoi faut-il qu'il revisite encore une fois l'amour parfait ? Avec Fanfan, c'était tellement beau... Là, il gâche tout ce qu'il a mis en place auparavant.

Je n'ai pas particulièrement aimé le langage soutenu qu'il tient tout au long de son écrit. Cela fait pompeux et ça a alourdi ma lecture. Je me suis profondément ennuyée du début à la fin... J'ai même fait une coupure d'une semaine avec un autre livre tellement Miss Liberté m'insupportait. Je l'ai trouvée peste, garce, arrogante, petite pimbêche épicurienne de 18 ans qui croit tout savoir de la vie, de l'amour, des constructions de couples. Oui, son idée de base est intéressante, faire comprendre à un couple qu'ils vont à la dérive. Mais de là à lancer un ultimatum à la femme, avec les consignes pour changer leur vie et rendre le mari heureux, cela m'a donné des boutons ! Vu ma situation, je ne pas pu faire autrement que me sentir à la place de Juliette, la femme qui reçoit les lettres menaçantes de la petite Liberté. Il est clair qu'il faut qu'elle se bouge pour sauver son mariage,mais à sa place j'aurais moi aussi très mal réagi qu'une garce me dise que si je ne fais pas ce qu'elle me dit, elle me pique mon homme. Et qu'en tant que lectrice je sache que c'est une petite lycéenne qui ne connaît ni l'amour ni la vie d'adulte m'a horripilée. La situation telle qu'elle était transposée, avec toutes ses théories sur l'amour parfait et les chefs d'oeuvre, aurait peut-être fonctionné sur moi il y a une quinzaine d'années. Aujourd'hui je ne pouvais que plaindre ce couple qui n'arrive pas à se sauver, et souhaiter que la petite Liberté tombe de haut et ravale ses petites idées d'enfant parfaite.

Là où j'ai jubilé, c'est lorsque Juliette se sent victorieuse en sortant "Je te quitte" au moment où personne ne s'y attend. C'était bien envoyé et cela m'a donné envie de pousser un peu plus la lecture, même si je savais pertinemment que ça ne serait pas mieux... Et arriva le dernier chapitre où je me suis dit "ouf" et "merci Monsieur Jardin d'avoir donné une touche de bon sens pour terminer cette lecture laborieuse".

Je n'ai aimé aucun des personnages. Juliette n'est pas présente dans l'histoire, et ce serait pourtant celle à plaindre. Horace ne sait plus quel genre d'homme il a envie d'être et Liberté va le pousser dans ses retranchements, mais tout cela se retournera contre elle (ouf), ce qui a fini par m'aider à rendre ma lecture un peu plus digeste que les 3/4 passés du roman. Quant à Liberté... C'est l'innocence qui peut plaire aux lecteurs, mais moi... Je n'ai pas pu adhérer à cette histoire à cause de sa personnalité. Cette histoire peut faire réfléchir certains, pour moi ce fut mission impossible de lire une histoire de cette sorte.


Ce livre fait l'objet d'un challenge d'un challenge organisé avec ma partenaire de blog Anne Sophie.

http://lesevasionsdekreen.blogspot.fr/p/ma-partenaire-de.html


vendredi 9 mai 2014

Mélisande ! Que sont les rêves ? de Hillel Halkin

304 pages
3 avril 2014
Folio


Du New York des années 50 à l'île grecque d'où il lui écrit au début des années 80, vingt-cinq années ont passé. Vingt-cinq années et presque autant de caprices de l'Histoire – la chasse aux sorcières, la libération des mœurs et l'effervescence des sixties, les revers du «peace and love» et le traumatisme de la guerre du Vietnam. Vingt-cinq années durant lesquelles Hoo n'a cessé d'aimer Melisande, depuis le jour où, au sein du club de littérature du lycée, elle foudroya l'adolescent timide. Melisande lui préféra Ricky, son fougueux meilleur ami, transposant à Manhattan et le temps d'un été un trio à la Jules et Jim abreuvé de poésie américaine. Mais Ricky perd la raison au retour d'un voyage initiatique en Inde. Hoo et Melisande vivent alors leur passion sans que l'ombre de l'ami et rival ne disparaisse jamais. 


Un hymne à l'amour et à l'amitié, une invitation au pardon, le long regard que porte un homme mûr sur son existence et sur celle qui lui donna tout son sens.



Ce roman est un petit bijou de douceur, de tendresse. Et il a été écrit par un homme. C’est généralement ce qui me touche dans ce genre d’histoire. On ressent ses sentiments avec une telle force ! Je ressors de cette lecture avec un sentiment de douceur, de plénitude, car il s’agit d’une belle histoire d’amour, avec ses hauts et ses bas. Les choses de la vie en somme. Tout y est simple. Cet homme épris de Mélisande, qui lui parle tout du long (ce qui nous amènera à nous demander au final ce qu’il adviendra de Mellie) connaîtra tout d’abord la complicité à 3, avec leur ami Ricky, puis le destin fera son devoir... Après la perte de leur ami, Mellie et Hoo, notre narrateur, se rapprocheront pour au final créer leur futur ensemble. Et l’on connaîtra toute leur histoire à travers ces 287 pages, à travers les yeux de Hoo.

J’ai vraiment été touchée par cette relation qui a des airs de Jules et Jim au tout début, puis les deux amis affligés par leur peine qui finira par les réunir pour de bon. J’ai eu un réel coup de cœur pour cette écriture, ce débordement de sentiments généralement pas aussi bien narré dans beaucoup de livres. Les personnages sont plus ou moins touchants, proches de nous. J’ai tout de même une préférence pour Hoo, car tout est là pour que l’on compatisse et que l’on comprenne ses réactions. Même en étant moi-même une femme.

Je remercie beaucoup les Editions Folio de m’avoir permis de lire ce roman ! Une très belle découverte !

mardi 6 mai 2014

Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras

364 pages
20 janvier 1978
Folio


D'une facture romanesque relativement classique, l'ancrage des personnages de ce roman dans le réel préfigure cependant cette "écriture de l'indicible" qui marquera plus tard la singularité de l'écrivain. "Un barrage contre le Pacifique" inaugure une série de romans d'inspiration autobiographique ayant pour cadre le Vietnam. Le récit s'articule autour du personnage de la mère, une femme qui, dans sa lutte contre la misère, brave à s'en rendre folle les obstacles infranchissables qui se présentent à elle. À l'image du titre, les ambitions, aussi nobles soient-elles, ne peuvent être que démesurées et toute tentative s'avère inéluctablement vouée à l'échec. Lorsque tout finit par être rongé, sali, violé, c'est aller au-delà de la souffrance, au-delà du pathétique. Car la douleur est sans fond, la perte est définitive, aucune trace de compassion dans ce roman de l'irrémédiable. Une œuvre qui n'émeut pas mais qui bouleverse, parce qu'elle exprime le réel à l'état brut dans la trivialité de la concupiscence, dans la perte de toute émotion, dans l'acharnement à vouloir survivre malgré les autres.


Une mère qui n’a pas froid aux yeux fera tout pour préserver ses deux enfants, Joseph et Suzanne, âgés de 20 et 16 ans, jusqu’à en devenir extrême. Elle cherchera sans cesse un moyen de construire un barrage contre l’Océan Pacifique pour que ses récoltes puissent tenir le coup, mais ce sera toujours peine perdue.

L’histoire prend place au Vietnam, et se définit en partie autobiographique. Marguerite Duras nous raconte ce désespoir et cet entêtement à tout vouloir contrôler, quitte à se servir de ses propres enfants pour arriver à ses fins.

Ce roman est brut de sentiments, l’analyse des extrêmes de l’être humain est bien présente, et il ne faut pas être réticent au style d’écriture de l’auteur : cru, poussé. Ce fut mon deuxième roman d’elle. Je gardais un assez bon souvenir de L’Amant, et je voulais réitérer avec Un barrage contre le Pacifique, en suivant beaucoup d’avis positifs. Il m’aura fallu près d’une semaine entière pour en venir à bout. Le début était lent, l’entrée en matière n’était pas évidente, et je me suis souvent sentie baisser les bras. Mais ce roman est somme toute très intéressant, surtout au point de vue des relations humaines.


jeudi 10 avril 2014

La vacation de Martin Winckler

224 pages
6 mars 2014
Folio


Faiseur d'anges, avorteur, "ivégiste" ? Comment désigner le docteur Sachs, quand, chaque mardi, il quitte son cabinet de campagne, ses patients habituels et leur cohorte de petits maux, pour la ville, ses patientes qui défilent, et leur seul mal : une grossesse indésirable ? Lui-même ne sait pas comment dire, d'ailleurs il n'a personne à qui en parler. Or, il aurait bien besoin de quelqu'un qui l'écoute raconter la souffrance de son travail, celle des femmes en face de lui, mais la sienne aussi, la violence de cet acte qui n'est jamais anodin. Une oreille attentive, avec qui dépasser le langage clinique, rassurant, propre, qu'il sert à chaque patiente, mais tellement loin de ce qu'il ressent... Quelqu'un qui soit prêt à entendre ses vrais mots : un lecteur, peut-être ? Un texte poignant, une écriture à vif, à lire comme le contrepoint sombre de La Maladie de Sachs, le roman qui fit connaître Martin Winckler au grand public et qui obtint le prix du Livre Inter en 1999.


Voici un récit troublant, résolument à ne pas mettre entre toutes les mains. Et pourtant… Etant actuellement enceinte, mon entourage était surpris que j’aie envie de le lire. Un médecin qui parle d’avortements durant 200 pages, ce n’était soi-disant pas le moment. Mais je vous assure que j’ai tenu le coup, même si ces histoires sont tristes ou déchirantes, à différents niveaux.

Ceci est mon premier roman de Martin Winckler. Je possède déjà La maladie de Sachs mais je n’ai pas encore pris le temps de le lire. Et les Editions Folio m’ont proposé de lire La vacation. Et au vu du résumé, je ne pouvais pas passer à côté. Je suis touchée par tout ce qui entoure la maternité, que ce soit du positif ou du négatif.

La vacation est le premier roman de l’auteur. Il met en scène Bruno Sachs, médecin généraliste, lors d’IVG avec des histoires, des causes différentes à chaque fois. La narration est faite étrangement. Il ne s’agit pas d’un récit à la troisième personne du singulier, ni à la première, mais à la deuxième. Tout le long le narrateur parlera du Dr Sachs en utilisant le « tu ». On entre dans sa tête, on connaît ses impressions, ses pensées directes, les officieuses (décrites entre parenthèses) et les officielles.

La transposition écrite est d’ailleurs très originale. J’avoue m’y être souvent perdue. Il y a des paragraphes qui se suivent entre deux parenthèses, et cela m’a souvent fait perdre le fil. Ce serait la seule chose que je reprocherais à ce roman. Tout le reste est intéressant, bien raconté, et il fait partie des romans que j’ai préférés traitant ce thème.

Ces 200 pages ne pourront laisser personne indifférent, tellement le thème est un passage difficile lorsque l’on y est confronté, ou en se glissant dans la peau des patientes. Même si c’est un sujet encore dans tous les débats, je trouve que cet écrit apporte beaucoup. Il est établi par un professionnel qui nous fait entrer dans son quotidien et raconte en parallèle son envie d’écrire un livre sur ce qu’il fait, et le regard des autres suite à sa publication. A lire, sans conteste.

Je remercie vivement les Editions Folio d'avoir rendu cette lecture possible. Belle découverte.

dimanche 30 mars 2014

Le liseur de Bernhard Schlink

249 pages
23 février 1999
Folio


A l'âge de quinze ans, Michaël – le narrateur – découvre l'amour dans les bras d'Hanna, une voisine de vingt ans son aînée ; pendant six mois, il la rejoint tous les jours et partage avec elle plaisirs de la chair et moments de lecture. Mais sa maîtresse, personnage secret, disparaît un jour mystérieusement. Sept ans plus tard, Michaël la retrouve par hasard, alors qu'il assiste à un procès pour crime de guerre, où elle figure au banc des accusés ; il découvre à cette occasion un fait qui pourrait atténuer sa condamnation, mais choisit de n'en rien dire, par respect pour celle qui a marqué si profondément sa vie. Il renouera leur relation au cours des dix-huit années d'incarcération de celle qu'il comprend enfin un peu mieux. 


Déjà, je me félicite d’avoir oublié depuis longtemps la quatrième de couverture. Car, il faut bien le dire, la quasi-totalité de l’histoire y est résumée. Je me suis souvenu du principal, et bien m’en a pris !

J’ai découvert un récit tout en sensibilité, tout en finesse d’un homme qui découvre la vie à travers sa rencontre avec Hanna, femme plus âgée que lui, à l’époque âgé de quinze ans. Il en sera chamboulé, comme si sa vie ne dépendait que d’elle. Jusqu’au jour où il sera obligé de grandir et vivre sans cette présence, sans cette drogue qu’elle était devenue. Car elle s’en ira du jour au lendemain, sans laisser de trace derrière elle. Et notre jeune homme devra panser ses blessures seul… Jusqu’au jour où il la reverra, dans des circonstances bien inattendues… Et là il comprendra quelque chose à son sujet. Et cela rendra cette femme plus humble qu’on ne l’aurait pensé. Loin de nous l’image de la femme-manipulatrice qu’elle dégageait, même si l’on se doutait déjà depuis longtemps de la révélation. On souffrira avec Michaël, mais aussi avec Hanna. Voir leur vie si différente, et que tout finisse par les séparer, c’est dur et triste.

Triste comme le dénouement, auquel je ne m’attendais pas, et mon cœur fut déchiré en lisant les quelques lignes…

Un jeune homme qui tombe éperdument amoureux d’une femme de la trentaine, qui se met à lui lire des romans, qui la perd puis la retrouve dans une situation désespérée… Tout ça sous fond historique, l’époque qui me touche toujours autant, sans que l’on soit totalement envahi par cette guerre lors de notre lecture. Il va sans dire que j’ai vraiment aimé cette histoire tout en émotion. Et je la recommande fortement.


Ce livre fait l'objet d'un challenge organisé avec ma partenaire de blog Anne Sophie.


dimanche 16 mars 2014

Mapuche de Caryl Férey

560 pages
30 janvier 2014
Folio


Jana est Mapuche, fille d un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.

Rubén Calderon aussi est un rescapé, un des rares «subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l'École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune soeur, durant la dictature militaire.
Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires...
Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d'un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d un des hommes d affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l'Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l'ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales...



Je tiens tout d’abord à remercier les Editions Folio de m’avoir permis de découvrir cet auteur.

Jana, jeune mapuche en proie à de dures souffrances, demande à un détective, Rubén Calderón, d’enquêter sur le meurtre de son amie travestie, Luz. Mais elle est loin de se douter que cet homme n’est pas comme les « autres », ceux qui profitent de son corps. Elle va réussir, bien que difficilement, à aller de l’avant en participant aux recherches de cet homme différent.

Rubén, écorché de la vie, ayant perdu son père et sa sœur d’une façon atroce, cherche à faire sa propre justice dans l’enfer argentin. Sa rencontre avec Jana va lui permettre de trouver un nouveau souffle à son existence.

Caryl Férey nous enfonce dans l’Argentine choquée par les années de dictature. Il dépeint avec grand intérêt les faits de cette époque. On sera donc très impressionné par les recherches et la documentation qui remplissent une bonne partie du roman. Pour ma part, ce fut légèrement trop. J’ai parfois décroché. Mais se repérer historiquement, connaître des faits importants doit être le lot de bon nombre de lecteurs.

Je n’avais rien lu de cet auteur. J’avais été prévenue d’un style très particulier, cru, parfois violent, et je ne peux que confirmer. Des tournures de phrases sont très « spéciales », elles se veulent imagées, mais parfois j’ai trouvé que les qualificatifs employés rendaient les scènes confuses, mal exprimées. Je n’ai pas totalement adhéré à ce style, certaines scènes se voulant très décrites, très intimes, m’ont plutôt paru comme un essai très discutable, controversé.

Néanmoins, j’ai beaucoup apprécié l’histoire et tous les faits qui s’y développent. On est entraîné dans une action permanente, sans temps mort. Chaque personnage rencontré nous est présenté. A nous de nous faire notre opinion sur chacun d’eux. Tout est amené pour que le lecteur soit à l’affût, et n’ait pas envie de poser sa lecture. C’est pour dire, j’ai lu les 549 pages en cinq jours…

Bizarrement, en fermant ce livre, j’ai comme un sentiment de petite déception. Je m’attendais peut-être à autre chose. J’ai aimé mais il me manquait ce truc qui me rend extatique en tournant la dernière page. Je pense réitérer l’expérience avec l’auteur en lisant Zulu car l’on me l’avait annoncé comme « meilleur roman de l’auteur à ce jour ».