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jeudi 1 décembre 2016

Meurtres pour rédemption de Karine Giebel

992 pages
8 mars 2012
Pocket


Marianne, vingt ans. Les barreaux comme seul horizon. Perpétuité pour cette meurtrière.

Indomptable, incontrôlable, Marianne se dresse contre la haine, la brutalité et les humiliations quotidiennes.
Aucun espoir de fuir cet enfer, ou seulement en rêve, grâce à la drogue, aux livres, au roulis des trains qui emporte l'esprit au-delà des grilles. Grâce à l'amitié et à la passion qui portent la lumière au cœur des ténèbres.
Pourtant, un jour, une porte s'ouvre. Une chance de liberté.
Mais le prix à payer est terrifiant pour Marianne qui n'aspire qu'à la rédemption.



Alors, autant j'ai eu des hauts et des bas avec Purgatoire des innocents qui m'avait tantôt dégoûtée tantôt fascinée, autant avec Meurtres pour rédemption je suis restée admirative du contenu du début à la fin. Même quand la deuxième partie montrait des moments de longueurs. Pour moi, ces moments étaient en train d'installer le final et il aurait peut-être été trop brutal d'être plus expéditif en retirant quelques morceaux. Cette attente de l'inévitable, la connaissance faite les uns avec les autres prennent tout leur sens au dénouement.

Meurtres pour rédemption, c'est une incursion dans l'univers carcéral des femmes. C'est vivre aux côtés de Marianne, vingt ans, meurtrière "malgré elle". Condamnée à perpétuité, elle tente de vivre et survivre au quotidien avec l'aide d'un maton, Daniel, qui lui apporte sa dose d'héroïne contre un moment "particulier" avec elle. A force de faire durer ces pratiques, l'addiction humaine dépassera le reste. Mais lorsque l'on propose à Marianne de l'aider à s'échapper, l'aider à se refaire une vie loin de ce cauchemar, tout se chamboule dans sa tête. Va-t-elle accepter ? Quelles en seraient les conséquences ? Qui sont ces gens et pourquoi elle et personne d'autre ?

Nous entrons dans la vie difficile et mouvementée de Marianne, que j'ai défendu et appréciée durant la première partie, détestée en totalité durant la deuxième partie, et pour qui j'ai eu beaucoup de compassion lors du dénouement. C'est un personnage fort, incroyablement déglingué, qui devient à moitié aliéné par la force des choses (et de l'héroïne). C'est une femme qui mérite une deuxième chance, mais à condition qu'elle mette un peu moins de bestialité dans ce qu'elle entreprend.
L'homme qu'elle aime, Daniel, est quelqu'un de très humain, comme Justine, une autre surveillante que j'ai beaucoup aimée ici.

Et puis, il y a Franck. Je ne dirai pas qui il est, ni où il apparaît. Mais c'est mon personnage coup de cœur dans ce livre. C'est lui que j'ai aimé découvrir du début à la fin. Lui qui rend ce livre humain, au-delà des autres personnages. En tout cas pour moi. C'est ce Franck qui m'a fait pensé que certaines longueurs devaient être nécessaires pour une vraie mise en place du plus important dans l'histoire.

Et le reste : les bagarres sanglantes, les meurtres pas souvent calculés, la complicité, les horreurs que l'on imagine (sans forcément bien le faire) dans ce monde de femmes (mauvaises pour une grande partie)...


Tout ça (et encore plus) fait que près de 1000 pages lues en 3 semaines, c'est comme vivre avec les personnages. Le lendemain, je voulais relire du "Marianne" et encore du "Marianne"... Mais non, je l'avais enfin fini, ce livre. Je ne sais pas ce que valent les autres romans de Karine Giebel (à part Purgatoire des innocents que je ne relirai jamais plus) mais il est sûr que je vais réitérer avec cette auteure.




dimanche 28 août 2016

Journal d'un vampire en pyjama de Mathias Malzieu

240 pages
27 janvier 2016
Albin Michel


Journal intime tenu durant l'année où Mathias Malzieu a lutté contre la maladie du sang qui a altéré sa moelle osseuse et la mort personnifiée, Dame Oclès. 


"Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue."

Attention, mon coup de cœur 2016.

J'ai été littéralement envoûtée, transportée par les mots que je lisais. Et pourtant... Mathias Malzieu s'est battu comme un lion durant cette année.
Il ne sait depuis combien de temps il poussait ses forces à bout. Mais son corps fut fortement anémié et lorsqu'il se rend compte qu'il voit les pièces s'agrandir autour de lui, qu'il n'a plus la force de marcher et qu'il perd son sens de l'équilibre, il se raisonne et finit par consulter. Et de là s'installe la maladie. Et il faut la combattre, peu importe le planning professionnel qui s'impose à lui. Et pourtant, cela prend place au moment de la promotion de son film Jack et la mécanique du cœur, un long métrage qu'il voit comme un rêve se réaliser enfin. Il ne doit pas rater tout ce qu'il se passe autour, et veut concilier les traitements avec ses rencontres médiatiques sans que quiconque remarque son état de santé. Et c'est là que je suis en admiration. Je n'ai rien vu à l'époque. Et pourtant j'ai suivi la promotion du film, tellement j'attendais ce moment. J'avais emmené ma fille de 8 ans voir le film d'animation à sa sortie en salles.

Mathias Malzieu est connu et reconnu pour ses livres à l'écriture poétique et enivrante pour toute personne qui s'aventure entre ses lignes. Et dans Journal d'un vampire en pyjama, qu'il a écrit durant son année de maladie, de chambre stérile, de greffe, il a gardé cette façon bien à lui d'écrire la douleur, l'angoisse et l'inévitable en étant honnête, certes, mais surtout en mettant beaucoup de choses en scène de façon plus abordable pour le public. Il se nomme vampire car il a besoin de transfusion de sang encore et encore, il sent l'épée de Dame Oclès au-dessus de lui et voit même cette Dame se matérialiser de plus en plus souvent... C'est un essai réussi, magnifique à lire et relire, qui nous fait vibrer, frissonner, tellement la magie Malzieu opère. Même si je n'ai pas encore lu tous ses livres, je pense que cet écrit est vraiment le plus réussi, le plus honnête et le plus impressionnant de toute son oeuvre.



Et pour ceux qui auront autant apprécié que moi, l'album Vampire en pyjama sorti dans la foulée sera un petit plus pour prolonger l'univers du "grand" homme.



N.B. : Je l'ai rencontré quelques mois avant que sa maladie soit diagnostiquée, lors d'une dédicace pour Le plus petit baiser jamais recensé, et l'échange fut vraiment doux et agréable... Un régal !





jeudi 4 août 2016

Un été 42 d'Herman Raucher

352 pages
2 juin 2016 (pour cette édition)
Folio


Oscy est le chef, il sourit tout le temps. Benjie est le plus jeune et il obéit à Oscy. Hermie, leur ami, 15 ans, est le spécialiste de l'inquiétude. Cet été 42 est son été. A eux trois, ils forment le Trio Terrible, qui partagent les cigarettes mouillées, les expéditions absurdes, les réflexions profondes, les vannes. Mais le Trio s'ennuie. Et Hermie est amoureux fou d'une femme qui a au moins 23 ans et ne sait même pas qu'il existe. "Si c'est l'amour de ta vie, va lui dire bonjour !" dit Oscy. Facile à dire.


Cette histoire prend place pendant la Seconde Guerre Mondiale. Elle ne sera que la toile de fond et cela nous permet de lire autre chose que des moments de guerre et de terreur.

Nous faisons la connaissance de 3 jeunes hommes, à l'aube de leur sexualité : Benjie, Oscy et Hermie. Le premier, le plus jeune, reste assez en retrait dans l'histoire ; le deuxième se prend pour le chef de la bande ; le troisième est le plus savoureux, le plus drôle et le plus posé de tous. Mais les hormones le travaille plus que ses camarades et cet été de l'année 42 va être propice à son épanouissement sexuel. Il va tomber amoureux fou d'une femme plus âgée que lui et espérera croiser son chemin, son regard, et plus encore, malgré que son mari est parti à la guerre.

Les émois de ces jeunes garçons sont racontés d'une façon très subtile généralement, surtout lorsque l'on parle d'Hermie. Oscy est un jeune homme un peu trop déluré et a un bagout un peu trop forcé. Ce dernier veut à tout prix dépuceler son ami et sa lourdeur dans ses décisions fera sortir Hermie plusieurs fois de ses gonds.

C'est tout cet ensemble qui est drôle. J'admire l'auteur d'avoir réussi à écrire une histoire si simple avec des mots si doux, si tendres, qui donnent l'impression d'être susurrés à notre oreille. J'ai un réel coup de cœur pour le caractère et la personnalité d'Hermie (notre auteur donc). Il est réaliste, sensé, posé, et ne veut faire de mal à personne. Il souhaite découvrir l'amour d'une belle façon et c'est tout à son honneur.

Non seulement Hermie est un coup de cœur (ce qui est extrêmement rare chez moi) mais c'est tout le livre qui en représente un. Je suis admirative du style d'écriture d'Herman Raucher. C'est tellement poétique, quand il le faut, et "rentre-dedans" quand le personnage ou la situation l'impose. J'ai savouré l'histoire, belle, drôle et finalement triste à la fois. Et elle est d'autant plus authentique qu'elle reflète l'adolescence de l'auteur, ayant voulu écrire sa jeunesse pour rendre hommage à son ami Oscy mort pendant la guerre de Corée.

Je me tenterai peut-être à regarder le film un jour. En tout cas je remercie vraiment les Editions Folio de m'avoir fait découvrir cet incontournable de la littérature classique et historique.








vendredi 22 avril 2016

Deux petits pas sur le sable mouillé d'Anne-Dauphine Julliand

249 pages
25 mai 2013
J'ai Lu


Tout commence sur une plage, quand Anne - Dauphine remarque que sa fille marche d'un pas hésitant. Après une série d'examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d'une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste que quelques mois à vivre. L'auteur lui fait alors une promesse : " Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d'amour. " Ce livre raconte l'histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu'un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner. Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu'on ne peut pas ajouter de jours à la vie.


Je ne sais pas si l'impact aurait été aussi fort si je n'avais pas été maman en lisant ce témoignage. Ayant 3 enfants, dont une petite dernière de 20 mois, j'ai été bouleversée par ce que je lisais de la première à la dernière page. Et le manque s'est manifesté car j'avais besoin de connaître leur vie aujourd'hui. Je compte lire le second livre bientôt.

Anne-Dauphine et son mari ont 2 jeunes enfants, Gaspard et Thaïs, et bientôt une autre petite fille va pointer le bout de son nez. Mais le verdict tombe : Thaïs est atteinte d'une maladie génétique orpheline et ses jours sont comptés. Les parents sont porteurs sains du gène. Et là où ils doivent prendre les devants, c'est pour leur petite dernière, encore dans le ventre de la maman. Si elle est aussi atteinte, il faudra aller au-delà des limites, accepter les possibilités d'opérations, de greffe... Et c'est le début d'un très très long combat pour grappiller des instants de vie, quelques jours de plus en famille, encore et encore... Et tout est à la fois éprouvant pour les parents et une bénédiction que leurs enfants soient encore en vie, chaque jour qui passe, sachant que la fin s'approche inévitablement.

Cette histoire vraie est pourvue d'humanité à chaque page, Anne-Dauphine exprime une lutte quotidienne. Elle doit accepter le fait que la maladie fait partie de sa vie à jamais et qu'il faut profiter des moments présents en se posant le moins de questions. Son couple réussit à se solidifier avec toutes ces épreuves, et c'est probablement ce qui les amènera tous les deux à aller de l'avant par amour pour les uns et les autres.

Un livre-courage, un livre qui va soutenir les parents confrontés à de telles maladies, prêtes à enlever nos enfants, à les faire souffrir. Un exercice magistral de la part d'Anne-Dauphine Julliand. Bravo à elle.

  

vendredi 15 janvier 2016

La Ligne Verte de Stephen King

506 pages
Mars-août 1996 (1ère parution en 6 épisodes)
J'ai lu



Octobre 1932, pénitencier d'État, Cold Mountain, Louisiane. Le bloc E, celui des condamnés à mort, reçoit un nouveau pensionnaire: John Caffey rejoint ceux qui attendent de franchir la ligne verte pour rencontrer la chaise électrique, Miss Cent Mille Volts. Mais Caffey n'est pas comme les autres. D'accord, on l'a retrouvé auprès des cadavres ensanglantés de deux petites filles, mais il est étrangement absent. Jusqu'au jour où Paul, le gardien-chef, tombe malade et alors une terrible vérité semble s'esquisser. Qui est ce prétendu meurtrier aux pouvoirs étranges? Qui dresse Mister Jingles, l'étrange souris, bien trop intelligente? Quand Paul commence à répondre à ces questions, il sent que personne dans le bloc E ne sortira indemne de la rencontre avec John Caffey.


J'ai vu le film à sa sortie en salles et j'avais été bouleversée. Ce livre aura eu le même effet sur moi. J'ai rarement autant aimé un Stephen King, pour en avoir lu une bonne dizaine.

Cette histoire prend nos nerfs à vif. Elle est très dure et très émouvante à la fois. On ne peut être insensible à pareil récit. Je me demande souvent comme l'auteur arrive à écrire autant de choses en si peu de temps, et toujours plaire à son public.

Stephen King est quelqu'un d'unique, et ce livre me l'a encore montré. Je ne pensais pas autant l'aimer. Les personnages sont attachants, détestables, voire exécrables pour certains, mais ils sont tous inoubliables. Ils m'ont marquée, chacun à leur manière. Je me souvenais bien des acteurs dans leurs rôles respectifs en lisant les pages, et cela a donné une dimension que tous n'auraient pas appréciée (certains préfèrent se créer une image des personnages), mais que j'ai préférée.

La relation entre Paul et John Caffey, notre "don de Dieu" est unique et particulière. Magnifique en tous points. Mais je ne suis pas objective, tellement j'ai adoré ce livre et que chaque page m'a transportée dans cet univers d'horreur, de tristesse et de (dés)espoir.


Ce livre va devenir mon livre de chevet à coup sûr. J'en suis encore bouleversée en écrivant ces quelques lignes. Mais attention, les scènes concernant la chaise électrique sont très imagées et très perturbantes. J'en ai fait d'assez mauvais rêves...

mardi 30 juin 2015

Les anges ne meurent jamais de Bérengère de Bodinat

255 pages
25 mars 2015
Editions Flammarion


Un soir d'été, Adrien, quatre ans et demi, pose à sa mère cette question troublante : "Maman, tu crois qu'un jour j'aurai cinq ans ?" Quelque temps après, alors qu'elle est partie en voyage, un drame survient dans la maison de famille... Adrien n'aura jamais cinq ans. Des années plus tard, à l'issue d'une véritable enquête, elle parviendra à vaincre le non-dit familial et à reconstituer les événements de cet après-midi tragique. Les témoignages divergents mais aussi une énigme cachée dans une boîte rouge prendront alors une résonance stupéfiante. Au fil de ce parcours initiatique, avec des mots simples mais magnifiques, Bérengère de Bodinat nous fait partager ses prémonitions, le gouffre de l'absence, l'incrédulité et l'impossible deuil. Mais, surtout, elle nous révèle les signes, les rêves, les sourires et les messages lumineux d'Adrien qui n'a cessé de lui parler depuis l'au-delà. Le lien d'amour extraordinaire qui unit une mère et son enfant malgré la mort et la séparation. Ce récit bouleversant, traversé par le surnaturel, est un message universel d'espoir et d'apaisement.


Attention, ce livre est une petite bible. Il aide à prendre sur soi, faire prendre conscience de la réalité et montre que la mort n'est pas une fin. Bérengère de Bodinat a perdu son fils de 4 ans et demi alors qu'elle était partie à l'étranger et que ses deux enfants logeaient chez sa mère.

Le début m'a pourtant un peu perdue. Je m'attendais à aller plus de l'avant, et ne pas tourner en rond autour de cette perte. Cela passe beaucoup par les impressions, les sentiments de l'auteure. Mais au final, j'ai vraiment tout aimé. J'en ai oublié mes impressions de départ. Je suis concernée par ce sujet de près et de loin, et je pense que c'est un minimum pour ressentir tout le bénéfice de ce récit. Ou être maman, tout simplement. Craindre la perte d'un enfant et constater les ravages que cela exerce sur un être.

Il n'y a pas besoin d'être croyant pour lire et apprécier ce livre. Je suis athée avec un esprit ouvert, je peux donc comprendre et me poser moi-même des questions sur ce que Bérangère a découvert. C'est très important : un esprit fermé ne comprendra pas ce qui est écrit et les reniera même. Personnellement, je crois en ce qu'elle dit. Peut-être pas dans la totalité mais pourquoi pas ?

Je salue et félicite Mme de Bodinat pour avoir traversé ces années et avoir cru en elle, en ce qu'elle était en train de vivre.


Je remercie aussi fortement Babelio et les Editions Flammarion de m'avoir sélectionnée pour la lecture. Les anges ne meurent jamais m'a vraiment chamboulée et je pense qu'il fera du bien à une maman amie qui vient de perdre son bébé. Pour moi, il fera partie de mes livres-références.

lundi 11 mai 2015

Hate List de Jennifer Brown

416 pages
22 octobre 2014
 Le Livre de Poche Jeunesse


« C'est moi qui ai eu idée de la liste. Je n'ai jamais voulu que quelqu'un meure. Est-ce qu'un jour, on me pardonnera ? »
C'est ce que pense Valérie, effondrée après un drame inexplicable survenu au lycée. Son petit ami Nick a ouvert le feu dans la cafétéria, visant un à un tous les élèves de la liste.
Cette fameuse liste qu'ils avaient écrite pour s'amuser et où figurent ceux qui étaient odieux, lâches, méprisants. Maintenant, ils sont blessés ou morts.
Et Nick s'est suicidé.
Mais Valérie, elle, est toujours là, enfermée, dans une bulle de questions sans réponses. 
Jusqu'au matin où elle se lève, et quitte sa chambre pour retourner au lycée.



Hate List est un livre qui ne peut laisser personne indifférent. Il m'a de suite fait penser à la fusillade qu'il y a eu à Columbine. Je pensais m'aventurer dans une histoire linéaire, mais que nenni ! Pendant un long moment, nous avons l'alternance entre le déroulement de cette journée sinistre et le retour à la vie "normale", le retour de Valérie au lycée.

Valérie est la petite amie de Nick, jeune homme voulant en finir avec les railleries qu'ils subissent tous les deux quotidiennement. Elle-même a justement établi une liste de la haine où elle aime noter les choses et les personnes qu'elle ne supporte plus. Peut-être aurait-elle aimé intérieurement que ces personnes disparaissent, mais jamais elle n'aurait pensé que cette liste alimenterait une haine sans nom chez son petit ami. Et un matin... tout bascule... Le 2 mai 2008.


Ce roman est poignant, très crédible, et cela en devient effrayant. J'ai vraiment été pénétrée par toute cette folie, j'ai compris ce que pouvait ressentir certains protagonistes. C'est pour dire à quel point la narration est bien faite. Je tire mon chapeau à Jennifer Brown qui réalise là un petit bijou tout en tristesse et en émotion. Et je le garde précieusement dans ma bibliothèque pour pouvoir le relire ou le prêter à mes enfants quand ils seront au lycée.

mercredi 25 mars 2015

Mon amour, de Julie Bonnie

224 pages
4 mars 2015
Grasset



« Nous ne nous sommes rien dit. Tess a pris toute la place. Puis tu es parti en laissant entre nous un vide silencieux. Tu sais bien faire ça. Ce que tu choisis d’ignorer disparaît. Si on n’en parle pas, ça n’existe pas. Tu dis qu’il ne faut pas se gâcher l’existence. Tu as raison. Nous gardons la tête haute en nous aimant sans parasites. La trotteuse tremblote, sautille, et continue de tourner en rond. Je suis immobile. Au moindre mouvement, quelque chose va commencer et j’ai l’intuition qu’il vaudrait mieux que tout s’arrête. »

J. B.
Un homme et une femme s’écrivent. Ils s’aiment, elle vient d’accoucher de leur enfant et lui, pianiste, est parti en tournée. Passion amoureuse, fusion maternelle, engagement artistique s’entremêlent et s’entredévorent tandis qu’un autre homme entre en jeu. Au fil des lettres et de l’inéluctable chassé-croisé amoureux, chacun se découvre livré à sa solitude.
Julie Bonnie saisit avec une extrême sensibilité une histoire qui s’écrit autant dans les mots posés sur le papier que dans les marges d’échanges impossibles. Un regard bouleversant sur la fugacité des rencontres, la transmission et la force des silences.



J'avais été totalement conquise par la plume et les mots de Julie Bonnie dans Chambre 2, j'en garde encore un très fort souvenir. Cette fois, elle nous enveloppe d'amour et nous met face aux différences homme/femme à travers une relation post-natale.

Elle vient d'accoucher d'une petite Tess et Lui doit partir en tournée pendant un mois comme pianiste. Il se sent tout le temps en confrontation avec la réputation de son père. Et cela a développé une insécurité et un manque de confiance en lui qui perturbe son image de lui-même. Il a peur de se lancer dans cette vie avec la femme qui lui a donné un enfant. Il a peur de devoir tout abandonner et ne pas pouvoir montrer à la terre entière qu'il est quelqu'un de très honorable, et qu'il est aussi bon, voire meilleur virtuose que son père. Sa femme en subit les conséquences et se retrouve en femme délaissée, avec un corps qu'elle a du mal à s'approprier de nouveau, un bébé qu'elle ne peut pas partager avec son amour, parti peu de temps après sa naissance.

Nous avons donc deux âmes écorchées et malheureuses, dont l'une croit avoir trouvé la solution qui pansera toutes ses blessures. Mais cela est sans penser à tout ce qui va entraver leur chemin. Les rencontres, l'éloignement, la solitude, une naissance...

Ce roman épistolaire n'est pas le premier du genre, mais la sincérité de Julie Bonnie amène très facilement à classer Mon amour dans les très belles histoires d'amour, simples mais efficaces.

Après mon coup de cœur pour Chambre 2, c'est un coup de cœur pour Mon amour. Etant moi-même jeune maman (pour la troisième fois tout de même), je ne pouvais que ressentir les tourments de cette belle personne. Merci, Julie, et vivement le prochain !

samedi 7 février 2015

Âmes perdues de Poppy Z. Brite

496 pages
5 octobre 2006
Folio 


À quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s'enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n'obéissent qu'à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d'amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans, et découvre la vérité sur ses origines...


Poppy Z. Brite nous entraîne dans un univers noir où les vampires profitent de leur immortalité pour s'adonner à toutes les perversions et braver tous les interdits de la société puritaine américaine.


Je ne crois pas avoir lu quelque chose d'aussi puissant que ce livre. Il m'a laissé une trace, une empreinte très forte dans mon esprit. J'avais découvert Poppy Z. Brite avec Petite cuisine du Diable car je savais que c'était gentillet par rapport au reste de son œuvre. Et je voulais démarrer doucement, à tâtons, de peur d'être trop choquée. Âmes perdues est vraiment un livre qui n'a aucun tabou, c'est extrêmement gore, mais écrit d'une façon qui reste généralement assez sensuelle, quoique certains passages sont tout de même bien crus, voire choquants.

J'ai lu quelques romans de vampires et aucun n'a su égaler celui-ci. C'est vraiment atypique et terriblement addictif. On voudrait se dire "c'est immonde, mais qu'est-ce que je perds comme temps à lire ça !" mais non, j'ai même eu des moments où j'ai "savouré" ma lecture des mots, comme si c'était à la fois indigeste et enivrant. C'est là que je trouve l'auteure vraiment très forte. Le monde dans lequel elle nous fait entrer est vraiment glauque et repoussant. Pourtant on fonce droit dedans, on se délecte, et on ne veut pas voir la fin venir.

Je le conseille fortement aux fans de livres de vampires (ou bit-lit), et j'aimerais connaître leurs avis par la suite !!!!!

Nothing, Zillah et d'autres sont des personnages vraiment très aboutis. J'en suis encore toute retournée. Petit coup de cœur avec Nothing tout de même. Ce jeune homme qui découvre qui il est réellement m'a très fortement touchée.


En bref : terrible, captivant, j'en redemande, je suis fan de Poppy, et Âmes perdues fait partie de ces livres que je relirai plusieurs fois car je sais que j'ai raté des choses et que je le savourerai tout aussi bien les fois suivantes.

mardi 28 octobre 2014

Fais-le pour maman de François-Xavier Dillard

 
283 pages
13 mars 2014
Fleuve Noir


Au début des années 70, Sébastien, 7 ans, vit seul avec sa mère et sa sœur adolescente, Valérie. Leur mère arrive tant bien que mal à joindre les deux bouts, malgré ses deux emplois qui lui prennent tout son temps et toute son énergie. Une dispute de trop avec sa fille qui dégénère, et c’est le drame familial. Valérie survivra à ses blessures mais la police ne croit pas à la version de la mère accusant son petit garçon d'avoir blessé sa soeur. La mère prendra 5 ans de prison. Des années plus tard, et grâce à ses parents adoptifs, Sébastien mène une vie « normale », alors que sa sœur vit dans un institut spécialisé et que sa mère n’est jamais reparue après sa sortie de prison. Sébastien est devenu un père et un médecin exemplaires. Jusqu'à de mystérieux décès d’enfants parmi ses patients et avec eux, le retour funeste des voix du passé...




C'est un véritable roman coup de cœur ! Je n'ai eu aucune peine à me lancer dans cette aventure, et tout ce que l'on s'imagine devient de plus en plus tordu au fur et à mesure des pages !

Sébastien, notre héros, est sorti d'une enfance perturbée. Il a subi de forts traumatismes quand il était petit, avec sa mère et sa sœur. Il a réussi à s'en sortir tant bien que mal et a embrassé la carrière de médecin. Son chemin finit par croiser celui de Claire, une commissaire fraîchement arrivée dans sa ville. Mais nous aurons toute l'histoire qui va tourner autour de ce fameux drame, alors qu'il n'avait que 7 ans. Quand il a dû avouer à la police qu'il avait poignardé sa sœur. Et qu'il en est arrivé à changer de position en se libérant d'un gros poids... dire qu'en réalité c'était sa mère qui avait produit le geste... "fais-le pour maman"...

Ce livre est rempli de cruauté, de mélancolie, de tristesse, d'angoisse, et le tout est mené tambour battant. Il n'y a aucun temps mort et c'est justement ce qui fait toute l'efficacité et le rythme de l'histoire. J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire, les différents personnages, et je mets un point d'honneur sur la fin. J'en rêve encore...

Bravo à Mr Dillard. C'est très bien écrit et le cœur du lecteur n'est en rien épargné. Et maintenant j'ai grande envie de me lancer tête baissée dans son précédent roman !



Ce livre fait l'objet d'une lecture commune avec ma partenaire de blog.
L'avis d'Anne Sophie se trouve ici => Fais-le pour maman


http://lesevasionsdekreen.blogspot.fr/p/ma-partenaire-de.html

lundi 8 septembre 2014

En ce lieu enchanté de Rene Denfeld

207 pages
21 août 2014
Fleuve Éditions


La dame n'a pas encore perdu le son de la liberté. Quand elle rit, on entend le vent dans les arbres et l'eau qui éclabousse le trottoir. On se souvient de la douce caresse de la pluie sur le visage et du rire qui éclate en plein air, de toutes ces choses que dans ce donjon, nous ne pouvons jamais ressentir.

Dans le couloir de la mort, enfoui dans les entrailles de la prison, le temps passe lentement. Coupés du monde, privés de lumière, de chaleur, de contact humain, les condamnés attendent que vienne leur heure.
Le narrateur y croupit depuis longtemps. Il ne parle pas, n'a jamais parlé, mais il observe ce monde "enchanté" et toutes les âmes qui le peuplent : le prêtre déchu qui porte sa croix en s'occupant des prisonniers, le garçon aux cheveux blancs, seul, une proie facile. Et surtout la dame, qui arrive comme un rayon de soleil, investie d'une mission : sauver l'un d'entre eux. Fouiller les dossiers, retrouver un détail négligé, renverser un jugement. À travers elle naissent une bribe d'espoir, un souffle d'humanité. Mais celui à qui elle pourrait redonner la vie n'en veut pas. Il a choisi de mourir.
La rédemption peut-elle exister dans ce lieu où règnent violence et haine ? L'amour, la beauté éclore au milieu des débris ?


Je ressors bouleversée par cette histoire, par cette narration de la vie en prison, par cette vision bien à part d'un monde inconnu ou mal connu. Je suis restée en haleine, sur le qui-vive, du début à la fin. Je n'ai pas pu lire ce livre d'une traite, bien malheureusement, alors que je n'avais vraiment pas envie de le lâcher. Les histoires de détenus n'avaient pas encore croisé mon chemin jusqu'à En ce lieu enchanté. Comme je l'avais lu auparavant, le narrateur décline ce monde en rêve, en poésie. Il parle des douleurs des personnes qu'il côtoie avec humilité, et c'est réellement ce qui m'a attendrie et engloutie dans cet univers.

Notre homme, condamné à mort, raconte la vie de détenus, d'un prêtre déchu, d'une dame cherchant toutes les preuves pouvant sauver les incarcérés de la peine de mort proche, et ne s'épanche pas sur son passé. Il est malheureux car il ne se souvient pas de grand-chose le concernant, surtout comment il en est venu à ne plus pouvoir parler. C'est arrivé comme ça, un jour. Personne au pénitencier n'a entendu un son sortir de sa bouche. Il est juste connu pour aimer la lecture, et tout particulièrement "L'Aube blanche". C'est la seule chose qui le rattache à la vie.

Ce roman est un coup de cœur pour ma part. Je me souviendrai longtemps de ces personnages pesants, de cette vérité énoncée, et du dénouement qui m'a tiré les larmes des yeux.

C'est un beau et dur roman que je conseille vivement.

mardi 20 mai 2014

Une dernière danse de Victoria Hislop

464 pages
7 mai 2014
Les Escales


Après quelques secondes de silence, les premières questions fusèrent.
— Est-ce que le Darius était la véritable cible ou est-ce qu’il a été attaqué parce qu’il fermait le convoi ?

Derrière les tours majestueuses de l'Alhambra, les ruelles de Grenade résonnent de musique et de secrets. Venue de Londres pour prendre des cours de danse, Sonia ignore tout du passé de la ville quand elle arrive. Mais une simple conversation au café El Barril va la plonger dans la tragique histoire de la cité de Garcia Lorca et de la famille qui tenait les lieux.

Soixante-dix ans plus tôt, le café abrite les Ramirez : trois frères qui n'ont rien d'autre en commun que leur amour pour leur sœur, Mercedes. Passionnée de danse, la jeune fille tombe bientôt sous le charme d'un gitan guitariste hors pair. Mais tandis que l'Espagne sombre dans la guerre civile, chacun doit choisir un camp. Et la fratrie va se déchirer entre résistance, soumission au pouvoir montant, ou fuite.

Happée par ce bouleversant récit de feu et de sang, Sonia est loin d'imaginer à quel point cette histoire va bouleverser sa propre existence…


Je ressors de ce roman après 2 jours et demi sans réussir à le lâcher ! Je découvre Victoria Hislop avec cette histoire, et d’emblée c’est un coup de cœur !

Pourtant, ce n’était pas gagné au début. L’histoire qui se passe de nos jours n’est là que pour nous amener à la narration d’une autre histoire se passant pendant la Seconde Guerre Mondiale, à Grenade, en partie. Et tout le long je me suis demandée où l’auteure voulait en venir. Et quand à la fin j’ai su, honnêtement je me suis sentie bien bête de ne pas y avoir pensé de moi-même ! Que tout se recoupe comme cela m’a rendue admirative et a fini de me conforter dans mon avis de coup de cœur.

Je suis une grande fan des romans de guerre, et j’ai souhaité lire ce livre sans vraiment réaliser de quoi il allait relater. Alors, en tournant les premières pages, je me suis fait une fausse idée : je m’imaginais que tout tournerait autour de Grenade et de la danse, alors j’avais du mal à entrer dans l’histoire. Mais est venu le moment du récit sur lequel tout le reste s’appuie, et là j’ai vraiment dévoré le livre. Les faits racontés m’ont passionnée, et j’ai poursuivi ma lecture avec avidité ! Et je ne peux que dire, après l’avoir refermé, que tout m’a plu. Les personnages principaux étaient vraiment attachants. J’avais l’impression d’évoluer avec eux. J’ai éprouvé beaucoup de peine. Mais de toute façon, je ressens toujours ce sentiment face aux histoires de ce thème.

Je dis bravo à Victoria Hislop. J’ai voyagé grâce à elle. Elle m’a passionnée du début à la fin, sur 452 pages. Magnifique, envoûtant, descriptions magnifiques mais aussi très réalistes, bonne exposition au passé de la guerre. Vraiment un très beau livre (avec une très belle couverture en prime).