samedi 18 juillet 2015

Ces douleurs que l'on cache - premiers chapitres


1



Comme tous les jours depuis cinq ans, Luce s’en alla de son travail vers 18h. Elle se sentait bien, heureuse, comblée. Le vide qu’elle avait ressenti durant toutes ces années était enfin parti. Elle avait cueilli le bonheur au passage, et, cette fois-ci, il était resté à ses côtés. Le bonheur, c’était Xavier. Cela faisait un petit moment qu’ils se connaissaient, mais elle était trop déprimée pour s’imaginer quoi que ce soit entre eux. Les âmes se rencontrent quand les personnes se confient, se vident de tous les tracas qui les perturbent. Les âmes se côtoient, les âmes s’apprécient, et si Cupidon a bien fait les choses, les âmes se découvrent sœurs et finissent par s’unir. C’est ce qu’il s’était passé pour Luce et Xavier. Leur symbiose les étonnait jour après jour. Ils étaient faits pour être ensemble. Luce, qui ne croyait pas à toutes ces histoires, avait bien fini par admettre que tout cela était étrange, cette rencontre (pourquoi à ce moment-là, pourquoi lui et pas un autre), cette envie de se confier alors qu’elle avait toujours eu du mal à le faire, cette attirance qu’elle avait pour lui alors qu’il était l’opposé du physique masculin qu’elle aimait habituellement. C’est avec cet homme qu’elle se voyait vieillir. Pour la première fois, elle avait réussi à voir très loin dans son avenir. Pour la première fois, elle mesurait le bonheur de vivre. Ce bonheur qu’avaient découvert ses amies bien avant elle. Et comme souvent, on croit les gens heureux, mais parfois certains cachent des douleurs qu’ils ne peuvent soulager.
Luce et Xavier avaient un caractère et une personnalité étonnamment similaires, le trait les caractérisant le plus étant de faire passer autrui avant eux-mêmes. Rendre les gens heureux était leur but. Cela se caractérisait sous différentes formes, suivant les personnes : un appel, un bouquet de fleurs, un lit temporaire chez eux… Ils essayaient de penser aux autres, d’être serviables au possible. « La vie est dure, être aimable l’adoucit » était une phrase que Luce s’était inventée et qu’elle se répétait souvent.
Elle prit son téléphone et composa le numéro de portable de Xavier. Comme tous les soirs, elle lui laissa un message pour le prévenir de son départ de la société. Ce n’était pas du flicage, juste une simple et belle attention qu’elle lui témoignait. Xavier n’avait pas de travail en ce moment, cela allait faire trois mois qu’il était au chômage. Le soir, quand elle rentrait, il faisait en sorte qu’ils puissent manger immédiatement pour avoir le reste de la soirée disponible et vaquer à leurs occupations. La journée leur paraissait plus longue de ce fait.
Elle arriverait donc de bonne humeur, d’abord pour remonter le moral de Xavier, mais aussi parce qu’elle avait pour habitude de vouloir transmettre sa joie de vivre. C’était bien connu, quand on croise une personne qui nous sourit, cela devient généralement contagieux.
Elle monta dans sa voiture, la fit démarrer, alluma la musique, ouvrit légèrement sa fenêtre et la voilà partie pour une demi-heure de trajet, ce qui est peu quand on travaille en région parisienne.
Sur l’air de Sing For Absolution, Luce se mit à fredonner le refrain. Il y avait des morceaux qui donnaient la pêche, d’autres, comme celui-là, qui rendaient un peu nostalgique. Luce se mit à ressasser quelques souvenirs qui lui firent monter une émotion qui se faisait rare ces derniers temps. Sa vue se brouilla, malgré ses efforts pour penser positif à nouveau. Quand certains moments refont surface, d’autres viennent s’insérer pour semer le trouble en nous, la confusion dans notre mémoire. Luce décida de refouler ces instants en secouant la tête. Elle changea de piste sur le CD pour en mettre une plus rythmée et monta le son. Malgré tout, une chose ne quittait pas son esprit. De rage, elle appuya d’un coup sec sur l’accélérateur. Elle se trouvait à ce moment-là en plein centre-ville. Elle pila juste à temps devant un feu rouge, brouillé par des larmes qui avaient commencé à couler quelques secondes auparavant. Elle respira un bon coup, se disant que la maman et son enfant sur le trottoir à sa droite auraient pu traverser à ce moment, et que si sa voiture n’avait pas eu de bons freins, elle n’aurait pas pu les éviter… Positiver, toujours voir le meilleur dans chaque situation, aussi malheureuse qu’elle puisse être. Elle réussit donc, par le biais de cette maman, à reprendre le dessus sur son coup de déprime.
Une fois le feu vert, elle repassa la première, monta rapidement en vitesse, pour stabiliser la voiture à 50 km/h. Elle avait l’habitude de respecter les limitations. Son code, elle le connaissait sur le bout des doigts, même au bout de dix ans de permis.
Puis, tout arriva très vite dans sa tête : le rétroviseur, le camion, le bébé, la route, le passage-piéton, la maman. Elle n’eut pas le temps de tout mettre en ordre. Elle eut l’instinct de piler, tout en fixant le regard de la mère. C’était le moment où jamais. C’était devenu une évidence.




2



Les pompiers furent sur les lieux très rapidement, leur caserne étant à 300 mètres de l’accident. Ils débloquèrent la porte du conducteur, retirèrent délicatement la tête du volant, coupèrent la ceinture de sécurité, la dégagèrent tout en douceur. Les jambes étaient coincées par la compression du siège vers le volant, due au choc du camion.

Xavier arriva en trombe à l’hôpital. Il avait encore du mal à comprendre ce qu’il faisait là. C’était une chose à laquelle il n’avait encore jamais songé. Il avait trouvé le bonheur, avait enfin compris ce que c’était, il n’avait donc pas réalisé qu’un bonheur pouvait être très injustement enlevé. De nos jours, beaucoup de couples se séparent, et de ce fait, on pense perdre son âme sœur de cette façon-là plus que de la manière la plus dure qu’il soit : la mort. La mort qui, lorsqu’on est jeune, ne prévient pas. Elle vous prendra au bout de la rue, que ce soit un bus, une voiture, une moto. Elle peut vous prendre lorsque vous êtes à pied, en voiture, chauffeur ou passager. La mort est finalement une bonne rivale à la séparation, l’adultère, toutes ces choses qui tuent un couple à petit feu. Il est vrai que ce sont de longues agonies, la mort étant elle-même plus directe. Dans le cas de Luce, cela risquait d’être démontré différemment. La mort peut savoir être immonde… Mourir d’agonie jeune… Mourir lentement... Se sentir doucement partir et ne pouvoir rien y faire… À part attendre qu’elle nous prenne définitivement. Voir les gens que l’on aime implorer Dieu de faire un geste, d’abréger les souffrances ou d’éloigner la mort, de ne pas nous prendre si tôt.
Luce était toujours en vie, pour le moment. Xavier n’en pouvait plus d’attendre. Mais l’attente n’est pas forcément mauvais signe. Que l’opération dure 1 heure ou 5 heures, cela lui laisserait toujours une parcelle d’espoir jusqu’au moment où le chirurgien allait pointer son nez dans la salle d’attente. Moment fatidique. Moment de supplice. Scruter le regard de l’homme en face de soi. Il ne sourcillait pas. Le pauvre, il devait en voir tellement chaque jour. C’était son métier après tout… Xavier vit cet homme tant attendu entrer dans la salle et s’approcher de lui. Les mots résonnèrent dans sa tête. Il n’arrivait pas à comprendre ce qui venait de lui être dit. « Bon Dieu, mais que m’arrive-t-il ? » fut la dernière phrase qu’il put formuler. Il s’effondra par terre, tout autour de lui s’enfonça en même temps que sa descente.
Le chirurgien le releva, l’assit sur un siège, demanda de l’eau à une infirmière qui passait par là. Il lui tendit le gobelet, s’assit à côté de lui, le prit par l’épaule. Il essaya de le calmer pour pouvoir enfin répéter ce qu’il venait de dire.
― Monsieur, ne vous emballez pas, tout s’est bien passé. Vous m’entendez ? Calmez-vous. Votre amie Luce est en salle de réveil. Vous allez bientôt pouvoir la rejoindre.
Xavier leva la tête vers l’homme, il ne croyait pas ce qu’il venait d’entendre.
― C’est vrai ? Elle est sauvée ? Sauvée ? Malgré l’état dans lequel elle était, vous l’avez sauvée ? s’exclama-t-il en pleurant.
― Doucement, Monsieur. Elle est tirée d’affaire, oui, elle est toujours parmi les vivants, mais nous sommes obligés de la mettre sous respiration artificielle pour le moment. Elle comprend ce que nous disons, mais elle n’a pas vraiment de réaction. Vous pouvez la veiller, mais évitez de trop lui parler. Elle va avoir besoin de beaucoup de repos. Votre présence à ses côtés lui sera néanmoins très bénéfique. Montrez-lui à quel point vous l’aimez, cela lui donnera la force de poursuivre dans la voie de la guérison. La volonté nous permet d’accomplir tellement de choses…




3



Xavier avait envie de pleurer, encore et encore. Sa Luce d’amour était allongée devant lui, sans réaction. On aurait dit un corps sans vie, si ce n’était qu’un respirateur le tenait au fil de l’espoir. Elle avait le visage bandé, à cause de diverses commotions qu’il avait subies. La ceinture de sécurité avait retenu le corps, sans cela il aurait été projeté à travers le pare-brise. Mais le choc fut tellement violent que la ceinture ne l’avait pas bloqué suffisamment ou assez rapidement. Le corps avait commencé une sorte d’éjection du siège, la tête avait tapé dans le pare-brise avec une force impressionnante, puis était retombée brutalement sur le volant. Les différents impacts sur le visage et des éléments de la voiture ont pu démontrer l’intensité du choc. Ce qui est encore plus dur, c’est que des passants, jeunes ou moins jeunes, ont été témoins de cet accident. Il est difficile de faire partir de telles images de sa mémoire, peu importe notre âge et notre vécu. Les douleurs de la vie nous façonnent, oui, mais de telles images qui nous reviennent sans cesse, c’est invivable…
Le camionneur, quant à lui, n’avait rien eu. L’avant du camion avait été un peu abîmé, mais rien d’alarmant. Il avait cependant eu très peur pour la dame devant lui. Pauvre dame…

Xavier remercia le ciel, ou ce qu’il pouvait y avoir comme ange gardien, pour avoir su garder en vie la femme de ses rêves. Ce qu’il craignait aujourd’hui, c’était le prix à payer… Des séquelles physiques, mentales, pour elle comme pour lui, si elle allait s’en sortir, si elle allait succomber. Espérer en vain ou non…




4



Je le sais, je le sens. Je suis sur Terre pour sauver des vies. Les gens ne le savent pas, mais je suis là pour eux. Ce matin, je me suis levée le cœur léger. On m’avait donné une mission. À moi. MOI. Enfin, ce jour-là était arrivé. Je suis vouée à vous, chers amis. Mon état n’aura aucune importance.
Ce matin donc, je me suis sentie légère au lever. Et pour cause : je flottais dans les airs. Mon cœur devait être si heureux que mes pieds ne touchaient plus terre. Mon subconscient connaissait le programme de la journée. J’allais sauver quelqu’un et en soulager mes douleurs.
Existe-t-il un dieu ? Ou une présence gardienne de notre vie, de notre avenir, une présence capable de nous diriger dans notre quotidien ? Toujours est-il que je sens cette présence chaque jour, principalement aux moments de détresse, mais tous les matins au lever je sens qu’elle est là, et qu’elle me suivra jusqu’à ma nuit.
Aujourd’hui j’ai sauvé quelqu’un et je remercie cette force divine de m’avoir permis d’accomplir ce que je craignais, de m’avoir donné la force de le faire sans réfléchir. Ma réflexion étant mon ange gardien lui-même.



5



Xavier accompagna Luce dans sa chambre, et s’installa à son chevet. Il n’arrivait pas à se projeter dans l’avenir. Pas tant qu’elle ne serait pas réveillée et réellement hors de danger. Il avait éteint son portable, il ne se sentait pas en mesure d’appeler leurs proches dans l’immédiat. « C’est cruel, pensait-il, mais c’est plus fort que moi. » Il contemplait sa beauté, sa beauté dévastée par un camion, son amour sous l’emprise de calmants, son futur tellement proche devenir incertain.
« Les choses tiennent à un fil. Comment s’imaginer ce qu’il peut se passer durant une journée ? On dit qu’il faut toujours profiter de l’instant présent, faire comme si l’on risquait de ne plus être de ce monde demain. Mais comment pouvons-nous être toujours de bonne humeur, enjoués de ce qu’il peut nous arriver durant cette journée ? Il est tellement dur de prendre des défaites du bon côté, de dures épreuves comme des leçons que la vie nous donne. J’ai embrassé Luce ce matin, lui ai dit de passer une bonne journée. Mais si je ne l’avais pas fait, si je m’étais fâché avec elle pour une raison quelconque, ou si je ne m’étais pas réveillé quand elle partait, me serais-je reproché de ne pas l’avoir fait sourire le restant de mes jours ? Comment pouvons-nous être tout le temps heureux, positifs, ne voir que le bon côté de la vie ? » Xavier se sentit partir dans de lugubres pensées, il se rendit compte qu’il n’arrivait pas à réfléchir comme il le souhaitait. Il voulait parler d’une chose, mais cela aboutissait sur un autre sujet. La fatigue, la fatigue, il allait falloir y remédier. Peut-être partir se reposer un peu, prévenir la famille de Luce, lui ramener des affaires. Cela lui raviverait l’esprit : sentir son parfum préféré, peut-être aussi celui de Xavier, entendre de la musique familière. Xavier pensa lui ramener un livre dont il pourrait lui lire quelques pages chaque jour. « Je trouverai des choses à faire en ta compagnie, ma douce. Je ne suis pas près de te lâcher. Je t’aime… »
Et il se laissa aller. Après avoir longtemps retenu le stress et l’angoisse qui l’avaient envahi, il se mit à pleurer en silence. Il aurait aimé être loin d’elle à ce moment-là, pour qu’elle ne ressente pas ses peurs, mais peut-être qu’au final, elle aurait envie d’ouvrir les yeux pour lui montrer qu’elle allait se remettre vite, par amour pour lui. Avec des si, on pourrait refaire le monde…


mardi 30 juin 2015

Les anges ne meurent jamais de Bérengère de Bodinat

255 pages
25 mars 2015
Editions Flammarion


Un soir d'été, Adrien, quatre ans et demi, pose à sa mère cette question troublante : "Maman, tu crois qu'un jour j'aurai cinq ans ?" Quelque temps après, alors qu'elle est partie en voyage, un drame survient dans la maison de famille... Adrien n'aura jamais cinq ans. Des années plus tard, à l'issue d'une véritable enquête, elle parviendra à vaincre le non-dit familial et à reconstituer les événements de cet après-midi tragique. Les témoignages divergents mais aussi une énigme cachée dans une boîte rouge prendront alors une résonance stupéfiante. Au fil de ce parcours initiatique, avec des mots simples mais magnifiques, Bérengère de Bodinat nous fait partager ses prémonitions, le gouffre de l'absence, l'incrédulité et l'impossible deuil. Mais, surtout, elle nous révèle les signes, les rêves, les sourires et les messages lumineux d'Adrien qui n'a cessé de lui parler depuis l'au-delà. Le lien d'amour extraordinaire qui unit une mère et son enfant malgré la mort et la séparation. Ce récit bouleversant, traversé par le surnaturel, est un message universel d'espoir et d'apaisement.


Attention, ce livre est une petite bible. Il aide à prendre sur soi, faire prendre conscience de la réalité et montre que la mort n'est pas une fin. Bérengère de Bodinat a perdu son fils de 4 ans et demi alors qu'elle était partie à l'étranger et que ses deux enfants logeaient chez sa mère.

Le début m'a pourtant un peu perdue. Je m'attendais à aller plus de l'avant, et ne pas tourner en rond autour de cette perte. Cela passe beaucoup par les impressions, les sentiments de l'auteure. Mais au final, j'ai vraiment tout aimé. J'en ai oublié mes impressions de départ. Je suis concernée par ce sujet de près et de loin, et je pense que c'est un minimum pour ressentir tout le bénéfice de ce récit. Ou être maman, tout simplement. Craindre la perte d'un enfant et constater les ravages que cela exerce sur un être.

Il n'y a pas besoin d'être croyant pour lire et apprécier ce livre. Je suis athée avec un esprit ouvert, je peux donc comprendre et me poser moi-même des questions sur ce que Bérangère a découvert. C'est très important : un esprit fermé ne comprendra pas ce qui est écrit et les reniera même. Personnellement, je crois en ce qu'elle dit. Peut-être pas dans la totalité mais pourquoi pas ?

Je salue et félicite Mme de Bodinat pour avoir traversé ces années et avoir cru en elle, en ce qu'elle était en train de vivre.


Je remercie aussi fortement Babelio et les Editions Flammarion de m'avoir sélectionnée pour la lecture. Les anges ne meurent jamais m'a vraiment chamboulée et je pense qu'il fera du bien à une maman amie qui vient de perdre son bébé. Pour moi, il fera partie de mes livres-références.

lundi 11 mai 2015

Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides

224 pages
26 septembre 2000
J'ai Lu



Des adolescents amoureux s'efforcent de percer le mystère des filles Lisbon. Du haut d'une cabane nichée dans les arbres, ils passent leur temps à scruter les fenêtres de leur maison.

Vingt ans plus tard, ils rassemblent des fragments de ragots et de ouï-dire, de conversations téléphoniques, de rapports de médecins et de confessions crues et tourmentées.

Autant de pièces à conviction qui expliqueront peut-être les morts successives de Cécilia, Thérèse, Bonnie, Lux et Mary.



Autant j'ai eu du ma à intégrer l'univers du film, vu il y a quelques années, autant le roman m'a totalement envahie de sentiments divers. J'ai beaucoup aimé cette histoire, cette narration concernant cette famille de jeunes demoiselles qui décident de leur destin en se suicidant chacune leur tour. C'est d'une douceur, d'une beauté et d'une cruauté...

L'histoire de ces quatre filles est un appel au secours contre une société et des principes ne suivant pas les mœurs avancées de l'époque. Elles se perdent tour à tour dans une famille étouffante, et c'est tout ce cheminement, raconté par des jeunes hommes intrigués et fascinés par elles à l'époque (jusqu'à les épier partout), que je trouve fascinant. Et j'ai lu ce petit roman avec dans la tête la musique de Air qui envahit l'atmosphère dans le film.


Une belle réussite (et je reverrai bien volontiers le film maintenant) !


Hate List de Jennifer Brown

416 pages
22 octobre 2014
 Le Livre de Poche Jeunesse


« C'est moi qui ai eu idée de la liste. Je n'ai jamais voulu que quelqu'un meure. Est-ce qu'un jour, on me pardonnera ? »
C'est ce que pense Valérie, effondrée après un drame inexplicable survenu au lycée. Son petit ami Nick a ouvert le feu dans la cafétéria, visant un à un tous les élèves de la liste.
Cette fameuse liste qu'ils avaient écrite pour s'amuser et où figurent ceux qui étaient odieux, lâches, méprisants. Maintenant, ils sont blessés ou morts.
Et Nick s'est suicidé.
Mais Valérie, elle, est toujours là, enfermée, dans une bulle de questions sans réponses. 
Jusqu'au matin où elle se lève, et quitte sa chambre pour retourner au lycée.



Hate List est un livre qui ne peut laisser personne indifférent. Il m'a de suite fait penser à la fusillade qu'il y a eu à Columbine. Je pensais m'aventurer dans une histoire linéaire, mais que nenni ! Pendant un long moment, nous avons l'alternance entre le déroulement de cette journée sinistre et le retour à la vie "normale", le retour de Valérie au lycée.

Valérie est la petite amie de Nick, jeune homme voulant en finir avec les railleries qu'ils subissent tous les deux quotidiennement. Elle-même a justement établi une liste de la haine où elle aime noter les choses et les personnes qu'elle ne supporte plus. Peut-être aurait-elle aimé intérieurement que ces personnes disparaissent, mais jamais elle n'aurait pensé que cette liste alimenterait une haine sans nom chez son petit ami. Et un matin... tout bascule... Le 2 mai 2008.


Ce roman est poignant, très crédible, et cela en devient effrayant. J'ai vraiment été pénétrée par toute cette folie, j'ai compris ce que pouvait ressentir certains protagonistes. C'est pour dire à quel point la narration est bien faite. Je tire mon chapeau à Jennifer Brown qui réalise là un petit bijou tout en tristesse et en émotion. Et je le garde précieusement dans ma bibliothèque pour pouvoir le relire ou le prêter à mes enfants quand ils seront au lycée.

mardi 7 avril 2015

Qui es-tu Alaska ? de John Green

416 pages
17 mars 2011
Gallimard Jeunesse


Miles Halter a seize ans et n'a pas l'impression d'avoir vécu. Assoiffé d'expériences, il décide de quitter le petit cocon familial pour partir loin, en Alabama au pensionnat de Culver Creek. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de toutes les premières fois. C'est là aussi, qu'il rencontre Alaska. La troublante, l'insaisissable et insoumise, drôle, intelligente et follement sexy, Alaska Young. Qui es-tu Alaska? est LE roman de l'adolescence: les amitiés fortes, l'amour, la transgression, la soif de connaissance et la fondamentale quête de sens. La vie explose dans ce livre qui fait rire et fondre en larmes l'instant d'après et qu'on voudrait ne jamais finir. Le premier roman d'un jeune écrivain brillant, lauréat de nombreux prix littéraires aux Etats-Unis et traduit en dix langues.


Cela faisait un moment que je ne m'étais pas autant ennuyée... du début à la fin !!!!! J'ai persévéré d'abord jusqu'au fameux "jour J" puis je me suis dit que ça valait le coup d'aller au bout vu ce que je venais d'apprendre, et ce fut laborieux. Tout d'abord, Le Gros ne m'a pas du tout intéressée. Je l'ai trouvé insipide, au caractère de tout ce que je n'aurais pas aimé chez un garçon à l'époque, puis le style teenager était vraiment lourd...  Dans le même genre, j'avais lu et adoré Le dernier jour de ma vie de Lauren Oliver. Et pourtant c'était aussi une écriture un peu lourde au début, mais l'histoire était nettement plus intéressante et recherchée dans le maniement des faits.


Je n'ai vraiment rien à dire... que ce soit sur chacun des personnages, sur l'histoire... J'ai mis 2 semaines pour le lire, je vais mettre moitié moins de temps pour l'oublier !!! Mais je me lancerai tout de même dans Nos étoiles contraires, vu qu'il a l'air totalement différent et nettement meilleur.

mercredi 25 mars 2015

Mon amour, de Julie Bonnie

224 pages
4 mars 2015
Grasset



« Nous ne nous sommes rien dit. Tess a pris toute la place. Puis tu es parti en laissant entre nous un vide silencieux. Tu sais bien faire ça. Ce que tu choisis d’ignorer disparaît. Si on n’en parle pas, ça n’existe pas. Tu dis qu’il ne faut pas se gâcher l’existence. Tu as raison. Nous gardons la tête haute en nous aimant sans parasites. La trotteuse tremblote, sautille, et continue de tourner en rond. Je suis immobile. Au moindre mouvement, quelque chose va commencer et j’ai l’intuition qu’il vaudrait mieux que tout s’arrête. »

J. B.
Un homme et une femme s’écrivent. Ils s’aiment, elle vient d’accoucher de leur enfant et lui, pianiste, est parti en tournée. Passion amoureuse, fusion maternelle, engagement artistique s’entremêlent et s’entredévorent tandis qu’un autre homme entre en jeu. Au fil des lettres et de l’inéluctable chassé-croisé amoureux, chacun se découvre livré à sa solitude.
Julie Bonnie saisit avec une extrême sensibilité une histoire qui s’écrit autant dans les mots posés sur le papier que dans les marges d’échanges impossibles. Un regard bouleversant sur la fugacité des rencontres, la transmission et la force des silences.



J'avais été totalement conquise par la plume et les mots de Julie Bonnie dans Chambre 2, j'en garde encore un très fort souvenir. Cette fois, elle nous enveloppe d'amour et nous met face aux différences homme/femme à travers une relation post-natale.

Elle vient d'accoucher d'une petite Tess et Lui doit partir en tournée pendant un mois comme pianiste. Il se sent tout le temps en confrontation avec la réputation de son père. Et cela a développé une insécurité et un manque de confiance en lui qui perturbe son image de lui-même. Il a peur de se lancer dans cette vie avec la femme qui lui a donné un enfant. Il a peur de devoir tout abandonner et ne pas pouvoir montrer à la terre entière qu'il est quelqu'un de très honorable, et qu'il est aussi bon, voire meilleur virtuose que son père. Sa femme en subit les conséquences et se retrouve en femme délaissée, avec un corps qu'elle a du mal à s'approprier de nouveau, un bébé qu'elle ne peut pas partager avec son amour, parti peu de temps après sa naissance.

Nous avons donc deux âmes écorchées et malheureuses, dont l'une croit avoir trouvé la solution qui pansera toutes ses blessures. Mais cela est sans penser à tout ce qui va entraver leur chemin. Les rencontres, l'éloignement, la solitude, une naissance...

Ce roman épistolaire n'est pas le premier du genre, mais la sincérité de Julie Bonnie amène très facilement à classer Mon amour dans les très belles histoires d'amour, simples mais efficaces.

Après mon coup de cœur pour Chambre 2, c'est un coup de cœur pour Mon amour. Etant moi-même jeune maman (pour la troisième fois tout de même), je ne pouvais que ressentir les tourments de cette belle personne. Merci, Julie, et vivement le prochain !

Apnée noire de Claire Favan

352 pages
15 janvier 2014
Le Toucan


« Vêtue d’un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de foetus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce. » A Columbia, sur la côte est des Etats-Unis, c’est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c’est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille. Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l’agent du FBI qui a permis l’année précédente l’arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d’être exécuté. Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ? Tandis que Megan n’ose imaginer le pire, une erreur judiciaire, Sandino se concentre sur certaines incohérences. De discordes en silences la relation des deux policiers évolue, alors que chaque jour le tueur semble se rapprocher d’eux, omniprésent et insaisissable…


Claire Favan fait bel et bien partie des valeurs sûres du Polar. Bien que ce soit mon premier livre d'elle, je comprends l'engouement qu'ont les fans/lecteurs. Je n'ai pas été totalement captivée par l'histoire, mais il y a un très gros travail de recherche et de psychologie des personnages.

L'histoire est bien distillée et bien ficelée, honnêtement je n'ai rien vu venir quant à la fin. Vince est un personnage très particulier et cela le rend intéressant et attachant. J'avoue avoir terminé ce livre il n'y a pas si longtemps et que j'en ai déjà presque tout oublié... Cette dernière année, j'ai lu plusieurs romans policiers qui m'ont bien marquée, encore un an après. Et Apnée Noire ne me fait malheureusement pas cet effet. Mais aux dires de bon nombre de gens, il est tout de même en dessous de ce que l'auteure avait réalisé avec Le tueur intime et Le tueur de l'ombre.


Mais je me souviens tout de même de mon sentiment le long de ma lecture : même si je n'ai pas plus "accroché" que cela à l'histoire, il y a une sacrée bonne maîtrise des différents domaines, de l'écriture, du suspense, et Claire Favan n'a rien à envier de ses collègues auteurs.